Rapport généré le 13 octobre 2026 · Devise : USD · Secteur : Infrastructure numérique / centres de données HPC-IA (ex-minage de bitcoin)
6.0/10
Note globale : 6.0 / 10(en baisse de 0,5 point par rapport au rapport du 28/09/2026)
TeraWulf est désormais une plateforme d'infrastructure IA adossée à l'électricité : 839 MW de capacité IT critique contractée, ~27 Md$ de revenus contractés, un pipeline de 2,1 GW et deux locataires de premier plan (Fluidstack, garanti par Google à hauteur de 3,2 Md$, et Anthropic sur un bail de 20 ans de ~19 Md$). Le risque de faillite à 2-3 ans reste faible : 3,0 Md$ de trésorerie au 30/06/2026, ~280 M$ restant à encaisser sur la cession d'Abernathy, ~90% du capex de WULF Compute déjà sécurisé et pas d'échéance obligataire majeure avant 2030. Mais la thèse reste entièrement une thèse d'exécution et de financement : EBITDA ajusté encore négatif (−18,3 M$ au T2), 5,21 Md$ de dette comptable pour 147,5 M$ de capitaux propres, un campus de Hawesville dont les 4,0 à 4,5 Md$ d'investissement ne sont pas encore financés, et une dilution rapide. Pourquoi la note passe de 6.5 à 6.0 : sur les quinze derniers jours, la bonne nouvelle opérationnelle (doublement à 1 GW de la puissance contractée à Muskie, 05/10; initiation Buy de TD Cowen le 12/10) a été dominée par une dégradation nette de l'environnement de financement : rendement du Trésor à 10 ans à un plus-haut de plusieurs décennies (~5,36% en séance le 08/10), discours de la Fed ouvrant la porte à des hausses de taux, et doutes sur la solvabilité des grands locataires de l'IA (revenus annualisés d'OpenAI rapportés vers ~50 Md$ au lieu de ~70 Md$). Pour une société qui doit lever plusieurs milliards de dette sécurisée, qui annonce chercher une hausse de sa ligne de crédit et de nouvelles dettes pour couvrir des lettres de crédit, et qui n'a toujours pas confirmé publiquement l'énergisation de CB-4, c'est un vent contraire direct. Le titre a clôturé à 13,37 $ le 12/10 (−15% depuis le 25/09, −25% sur un mois).
≈13,37 $
Cours (12/10/2026)
≈6,7 Md$
Capitalisation (≈499 M actions)
44,8 M$
CA T2 2026 (−6% a/a)
31,9 M$
CA locatif HPC T2 (71%)
−939,9 M$
Résultat net T2 (GAAP)
−18,3 M$
EBITDA ajusté T2
3,03 Md$
Trésorerie + restreinte (30/06)
5,21 Md$
Dette comptable totale
2,7 Md$
Dette nette (société)
147,5 M$
Capitaux propres
102 MW
Capacité IT en service
839 MW
Capacité IT contractée
≈27 Md$
Revenus contractés
624,8 M
Actions pleinement diluées
≈33,3 $
Objectif moyen analystes (MarketBeat)
1. Description de l'entreprise
TeraWulf Inc. (siège à Easton, Maryland ; Nasdaq : WULF ; fondateur et PDG Paul Prager, directeur financier Patrick Fleury) développe, détient et exploite des infrastructures numériques de grande échelle adossées à de la puissance électrique aux États-Unis, destinées au calcul haute performance (HPC) et aux charges d'intelligence artificielle.
La thèse de la société tient en une phrase reprise dans sa présentation investisseurs : « l'électricité est la contrainte, et nous la contrôlons ». Historiquement mineur de bitcoin « bas carbone » sur le site de Lake Mariner (État de New York), TeraWulf reconvertit son parc électrique et foncier en centres de données loués sur 10 à 20 ans à des opérateurs de calcul IA. Le modèle affiché est industriel et répétitif : contrôler la puissance → contracter la capacité → construire → financer par dette sécurisée amortissable → refinancer en dette d'infrastructure longue (~4,5× de levier stabilisé) → recycler le capital.
Les deux sources de revenus
Segment
CA T2 2026
CA T2 2025
Variation a/a
Nature
Revenu locatif HPC
31,93 M$
0 $
n/a (création)
Baux de 10 à 20 ans, revenus contractuels récurrents, marge NOI cible ~85%
Revenu d'actifs numériques (minage BTC)
12,84 M$
47,64 M$
−73%
Minage de bitcoin, en extinction progressive au profit du HPC
Total
44,77 M$
47,64 M$
−6%
HPC = 71% du CA du trimestre
Le portefeuille de sites (le vrai actif)
Campus
Localisation / marché
Capacité IT critique
Statut
Lake Mariner Data
Barker, NY (NYISO)
600 MW au total (438 MW contractés + 162 MW pipeline)
102 MW en service ; CB-4 (168 MW) en mise en service ; CB-5 (168 MW) au T1 2027
Justified Data
Hawesville, KY (MISO)
401 MW loués à Anthropic
Ex-fonderie Century Aluminum ; livraison 2H27 – 1H28
Muskie Data
Grayson, KY (PJM)
~800 MW (étude jusqu'à 2 GW de puissance à terme)
1 GW de puissance contractée avec Kentucky Power depuis le 01/10/2026 (contre 500 MW) ; 1re tranche de 500 MW en montée en charge à partir de 2028, 2e tranche avancée à 2029 (sous réserve de la PSC) ; aucun locataire signé
Chesapeake Data & Energy
Morgantown, MD (PJM)
~800 MW
Acquisition autorisée par la FERC le 29/07/2026, non encore clôturée ; horizon 2030
Lake Hawkeye
Lansing, NY (NYISO)
~320 MW
Horizon 2029 — gelé par le moratoire new-yorkais
Total plateforme : 3 630 MW bruts / 2 921 MW de charge IT critique, dont 839 MW déjà contractés et 2 082 MW de pipeline.
Base clients — extrêmement concentrée
Fluidstack (opérateur britannique de cloud IA) : ~378 MW à Lake Mariner sur des baux de 10 ans, livraison juin 2026 – mars 2027. Point clé : Google garantit (backstop) ses obligations locatives à hauteur d'environ 3,2 Md$, dont 600 M$ activés avec la livraison de CB-3. En contrepartie Google détient des bons de souscription représentant environ 14% du capital pro forma.
Anthropic : bail de 20 ans du 6 juillet 2026 sur ~401 MW au Justified Data Campus, ≈19 Md$ de revenus contractés, jusqu'à ≈33 Md$ sur 30 ans avec les deux options d'extension de 5 ans.
Core42 (filiale du groupe émirati G42) : 60 MW à Lake Mariner, livrés entre juillet 2025 et mars 2026.
Trois clients, dont deux sociétés privées non notées, portent la quasi-totalité des ~27 Md$ de revenus contractés. Seule l'exposition Fluidstack bénéficie d'un rehaussement de crédit externe (Google). Le risque de contrepartie est la faiblesse structurelle du dossier.
2. Avancées et événements des 12 derniers mois (oct. 2025 – oct. 2026)
Éléments positifs
Le contrat Anthropic (6 juillet 2026) — l'événement structurant de l'année. Bail de 20 ans pour ~401 MW au Justified Data Campus, ≈19 Md$ de revenus contractés (≈33 Md$ sur 30 ans avec options). Le titre avait bondi de près de 20% à l'annonce. Pour une société dont le chiffre d'affaires annualisé reste inférieur à 200 M$, c'est un changement d'échelle radical.
Extension Fluidstack et backstop Google porté à 3,2 Md$ (août 2025). Google a apporté un backstop incrémental de 1,4 Md$ sur le financement de projet et reçu des bons pour 32,5 millions d'actions, portant sa participation pro forma à ~14%. Avoir Google comme garant de crédit et actionnaire de référence est la meilleure validation possible pour un ancien mineur de bitcoin.
Déclenchement effectif de 600 M$ du support de crédit Google (juillet 2026) avec la livraison de CB-3 : ce n'est plus une promesse contractuelle mais un mécanisme activé.
Approbation de la Kentucky PSC (21-24 août 2026). Le régulateur a approuvé le contrat de fourniture électrique de détail de jusqu'à 482 MW pour le Justified Data Campus, jugeant les tarifs « justes, équitables et raisonnables ». C'est la levée du principal risque réglementaire pesant sur le contrat Anthropic, et elle débloque un investissement estimé à 4,0 – 4,5 Md$ sur le site (auquel s'ajouteraient ~10 Md$ d'équipements informatiques financés par le locataire, soit plus de 14 Md$ d'investissement combiné).
Autorisation FERC pour Morgantown (29 juillet 2026). La commission a jugé le transfert de propriété « conforme à l'intérêt public » et a rejeté la requête de Public Citizen visant à faire annuler le dossier au motif d'une dissimulation de la relation avec Google. Le titre avait bondi d'environ 18%.
Cession d'Abernathy avec plus-value (juillet 2026). Vente des 50,1% détenus dans la coentreprise texane (168 MW) à un groupe mené par Fluidstack pour ≈530 M$ contre ~450 M$ investis (TRI ~20%). Paiements : 250 M$ encaissés en juillet, 150 M$ d'ici fin 2026, ~130 M$ d'ici avril 2027.
Amendements de baux à Lake Mariner (5 juillet 2026) : +~505 M$ de revenus sur la durée. Les décalages de calendrier demandés par le locataire pour ses aménagements ont été rentabilisés — sans pénalité de retard pour TeraWulf — via une hausse de loyer et +6 MW de charge IT critique sur CB-4 et CB-5 (+60 M$ sur CB-3, +220 M$ sur CB-4, +225 M$ sur CB-5). Signe d'un vrai pouvoir de négociation.
Exécution industrielle crédible. Livraison séquentielle démontrée (WULF Den 2 MW → CB-1 16 MW → CB-2A/2B 42 MW → CB-3 42 MW), coûts tenus dans la fourchette annoncée, et ~90% du capex de construction de WULF Compute déjà sécurisé par bons de commande. CB-4 : première salle de données en énergisation fin septembre 2026, CB-5 à partir de début janvier 2027.
Soutien renouvelé des analystes (septembre 2026).William Blair a initié la couverture à Outperform avec une valeur de référence de 31 $ (≈+100% de potentiel), jugeant le repli récent comme un point d'entrée attractif. Freedom Capital a initié à Buy, objectif 19 $, avec un « plancher » de valorisation estimé à ~14 $. Consensus Strong Buy sur 15 bureaux au 9 septembre 2026. Le fonds Lone Pine a renforcé sa participation.
Nouveau depuis le 12/09 — deux initiations supplémentaires à l'achat. Le 17 septembre, Wells Fargo (analyste Eric Luebchow) a initié à Overweight avec un objectif de 30 $, soulignant le track-record d'exécution, la qualité des sites contractés et du pipeline, et une stratégie « brownfield » sur des sites dotés de multiples raccordements haute tension, potentiellement moins coûteuse que le greenfield ; le titre a gagné ~7% sur la séance (clôture 16,47 $). Le 23 septembre, UBS a initié à Buy avec un objectif de 24 $ (≈+40%), estimant les baux signés à ~840 MW, un chiffre d'affaires annuel potentiel de ~1,8 Md$ et une valeur de fonds propres d'environ 12 M$ par MW. L'objectif moyen ressort à ≈33,58 $ sur 28 analystes (fourchette 19 $ – 62,50 $) selon Benzinga.
Nouveau depuis le 28/09 — Muskie porté à 1 GW (accord du 1er octobre, annoncé le 5 octobre 2026). La filiale DB Long Hunts Data a signé avec Kentucky Power (groupe AEP) des contrats amendés de service énergétique et d'infrastructure de transport portant la puissance contractée du Muskie Data Campus de 500 MW à 1 GW. La seconde tranche de 500 MW est avancée de 2030 à 2029 (sous réserve de l'approbation de la Kentucky PSC et du calendrier de construction de l'électricien) ; la première tranche doit commencer sa montée en charge en 2028. Kentucky Power construit un poste 765 kV/345 kV dédié, et TeraWulf étudie un potentiel allant jusqu'à 2 GW. Le PDG indique que la disponibilité de l'électricité est « centrale » dans les discussions avec des clients potentiels. Cela renforce la crédibilité du pipeline de 2,1 GW — mais aucun locataire n'est encore annoncé sur ce site.
Nouveau depuis le 28/09 — initiation de TD Cowen à Buy (12 octobre 2026). L'analyste Michael Elias met en avant le portefeuille de 839 MW, un taux de capitalisation implicite d'environ 9%, jugé supérieur à celui de foncières de data centers comme Digital Realty ou Equinix, et le pipeline de 2,1 GW, dont l'installation de Muskie qui pourrait être commercialisable dès mi-2027. Aucun objectif de cours n'a été trouvé dans les sources consultées. Selon MarketBeat (05/10), le consensus compte 3 Strong Buy, 18 Buy, 3 Hold et 1 Sell, pour un objectif moyen de 33,33 $. Rothschild & Co Redburn reste à Neutral avec 15 $, en citant les risques sur le marché du crédit et sur les bilans des hyperscalers.
Achat d'un administrateur. Michael C. Bucella a acheté 6 085 actions le 15 septembre à 14,79 $ en moyenne (~90 000 $). Le montant est modeste mais va dans le sens inverse des ventes de fin août.
Calendrier : la société publiera ses résultats du T3 2026 le vendredi 6 novembre 2026 (conférence à 8h00 ET), selon le communiqué du 12 octobre.
Éléments négatifs et risques
Choc réglementaire de l'été new-yorkais : le 14 juillet 2026, la gouverneure Kathy Hochul a signé un moratoire d'un an sur les permis environnementaux d'État pour les nouveaux centres de données hyperscale (≈50 MW et plus) dans l'État de New York — le premier du genre aux États-Unis. Une vingtaine de projets sont gelés, dont celui de TeraWulf à Lansing (Lake Hawkeye, ~320 MW de charge IT). Le titre avait perdu ~19% en quatre séances. Lake Mariner, déjà opérationnel et permis, n'est pas directement bloqué, mais l'axe de croissance new-yorkais est suspendu et le risque politique de l'État est désormais matériel. La société soutient que ses opérations à Lansing interviendraient au-delà de l'horizon du décret et poursuit l'instruction du plan de site ; par ailleurs, la requalification du projet en « installation de traitement générale » accordée par le conseil de zonage est contestée en justice.
Le durcissement réglementaire se propage. Le Massachusetts a signé un décret imposant aux centres de données des standards plus stricts, des approbations locales et des contributions à l'énergie propre. TeraWulf n'y est pas exposé directement, mais la direction du mouvement est claire pour tout le secteur.
Le dossier Maryland est loin d'être gagné. L'ordonnance de la FERC autorise uniquement le changement de propriété : elle ne permet ni la construction du centre de données, ni de nouvelle génération, ni de ventes d'électricité « behind the meter », ni de modification des droits d'interconnexion dans PJM. Chaque étape ultérieure exigera de nouveaux dépôts fédéraux, des permis d'air et d'eau du MDE et un examen de zonage du comté de Charles — autant d'occasions d'intervention pour Public Citizen, le Sierra Club, l'Office of People's Counsel du Maryland et la coalition locale d'opposants, tous déjà intervenus au dossier. L'acquisition n'était toujours pas clôturée à la date de ce rapport.
Dilution en accélération — le point qui a coûté au titre. Morgan Stanley a abaissé son objectif de 72 $ à 62,50 $ (rating Overweight maintenu) en raison d'un nombre d'actions pleinement diluées porté à 624,8 M, soit environ +65 M en un seul trimestre (exercices de bons, conversions d'obligations convertibles, attributions d'actions). Citi a ramené son objectif de 36 $ à 31 $ (Buy maintenu). La table de capitalisation au 4 août 2026 montre que le nombre d'actions diluées passe de 612,9 M à 693,8 M si le titre atteint 30 $ : la hausse du cours déclenche mécaniquement de la dilution.
Pertes GAAP colossales. Perte nette de 939,9 M$ au T2 2026 et de 1 367,6 M$ sur le premier semestre (contre −18,4 M$ au T2 2025). L'essentiel est non-cash — 755,7 M$ de variation de juste valeur des bons de souscription au seul T2 — avec un mécanisme pervers : plus l'action monte, plus la perte comptable se creuse. Le déficit accumulé atteint 2,36 Md$.
EBITDA ajusté toujours négatif :−18,3 M$ au T2 2026 contre +14,5 M$ un an plus tôt, et en dégradation séquentielle (−4,1 M$ au T1 2026). La société porte des coûts d'exploitation pré-revenus (6,8 M$ au T2 chez WULF Compute) et de développement (6,0 M$ sur les sites non contractés) avant l'entrée en service de la capacité contractée.
Rémunération en actions hors norme. SG&A de 112,4 M$ au T2 (contre 10,0 M$ un an plus tôt), dont 83,9 M$ de stock-based compensation sur le seul trimestre et 14,4 M$ de contribution caritative réglée en actions. Rapportée à un CA trimestriel de 44,8 M$, la rémunération en actions représente 1,9 fois le chiffre d'affaires : c'est extrême, même pour une société en transformation.
Le financement de Hawesville n'est pas bouclé. Une première brique existe : l'augmentation de capital d'avril 2026 (54,51 M d'actions à 19 $, ~1,0 Md$ net) était destinée en partie à la construction de Hawesville et au remboursement du crédit-relais de 500 M$ (SOFR + 2,75%) souscrit en mars auprès de Morgan Stanley. Mais les 4,0 – 4,5 Md$ nécessaires au Justified Data Campus n'apparaissent pas en totalité dans la structure de capital publiée au 30 juin (qui ne finance que WULF Compute et, marginalement, Chesapeake et Lake Hawkeye). La ligne « Justified Data » y est explicitement marquée « TBD ». Une nouvelle levée de dette sécurisée et/ou d'actions est donc certaine d'ici 2027.
Extinction du minage. Le revenu de minage est passé de 47,6 M$ à 12,8 M$ en un an. La couverture de trésorerie historique disparaît avant que le HPC ne soit pleinement monté en charge : c'est précisément le « creux » que traverse la société en 2026.
Nouveau depuis le 28/09 — chute du titre dans un environnement macro hostile. Clôtures : 15,12 $ (28/09), 15,49 $ (02/10), 14,79 $ (05/10), 13,65 $ (08/10), 13,37 $ (12/10). Le titre a donc enfoncé le « plancher » de ~14 $ estimé par Freedom Capital. Investing.com relevait le 08/10 une baisse de −25% sur un mois et de −41% sur trois mois (fourchette sur 52 semaines : 10,47 $ – 29,84 $). Aucun événement négatif propre à la société n'a été identifié : le 8 octobre, l'ensemble des ex-mineurs reconvertis dans l'IA a chuté (Hut 8 ≈−10,7%, Cipher ≈−9,1%, Riot ≈−8,8%, IREN ≈−7,6%, TeraWulf ≈−6,4% selon CoinDesk). Plusieurs facteurs ont joué : le rendement du Trésor à 10 ans a touché ~5,36% (plus-haut de plusieurs décennies), le gouverneur de la Fed Waller a évoqué jusqu'à 75 pb de hausses, un rapport a ramené les revenus annualisés d'OpenAI à ~50 Md$ au lieu de ~70 Md$, et le bitcoin est passé sous 81 000 $. Le volume d'options d'achat (4 calls pour 1 put le 08/10) suggère toutefois que des intervenants achètent le repli.
Nouveau depuis le 28/09 — besoins de financement supplémentaires. Dans son 8-K du 5 octobre, la société indique vouloir augmenter sa ligne de crédit renouvelable senior sécurisée et lever de la dette senior sécurisée supplémentaire pour couvrir les lettres de crédit exigées par ses partenariats avec les électriciens. Elle précise qu'il n'y a aucune garantie de les obtenir. L'accord avec Kentucky Power l'engage aussi à financer 100 M$ de crédits sur les factures d'hiver des clients résidentiels sur les 10 premières années (à partir de 2029), ainsi que les coûts de financement estimés de la centrale de 760 MW que Kentucky Power prévoit à Big Sandy. Ces engagements s'ajoutent aux besoins non financés de Hawesville, au moment même où le coût de la dette augmente.
Nouveau Form 144 signalé (08/10). La presse financière a signalé un avis de cession d'un initié ou d'un actionnaire important (identité et volume non précisés dans les sources consultées). Cela prolonge le climat de défiance ouvert par le forward prépayé du PDG du 22/09.
Nouveau depuis le 12/09 — signaux des initiés défavorables. Le 22 septembre 2026, Riesling Power LLC, entité contrôlée par le PDG Paul Prager, a conclu un contrat de vente à terme prépayé à prix variable (« prepaid variable share forward ») portant sur 3 000 000 d'actions, d'une durée d'environ 14 mois, contre un paiement en numéraire d'un établissement non affilié (montant et bornes de prix non publiés). Le dirigeant conserve ses droits de vote et reste de loin le premier actionnaire individuel (~40,4 M d'actions), mais ce type de montage permet de monétiser une participation en se couvrant contre la baisse. S'y ajoutent les ventes du 31 août par Paul Prager (137 500 actions, ~2,35 M$) et par l'administrateur Walter E. Carter (130 626 actions, ~1,98 M$), et un Form 144 déposé le 8 septembre. Le titre a reculé de 17,45 $ (21/09) à 15,74 $ (25/09).
Antécédent judiciaire. Le cabinet Berger Montague avait ouvert en septembre 2024 une enquête sur d'éventuelles réclamations d'actionnaires. Aucune action collective significative en cours n'a été identifiée à la date de ce rapport, mais le sujet mérite une veille.
3. Ce que l'entreprise compte faire à court et moyen terme
Court terme (T4 2026 – 1S 2027)
Énergiser CB-4 à Lake Mariner : première salle de données attendue fin septembre 2026 ; au 13 octobre, aucune confirmation publique n'a été trouvée (aucun communiqué depuis le 24 août hormis Muskie et le calendrier du T3). Viendra ensuite la livraison échelonnée des 168 MW. C'est le catalyseur opérationnel le plus proche, et le point à vérifier lors des résultats du 6 novembre.
Augmenter la ligne de crédit renouvelable et lever de la dette senior sécurisée pour couvrir les lettres de crédit des électriciens (8-K du 05/10). Kentucky Power doit déposer les contrats amendés de Muskie devant la PSC d'ici fin 2026.
Démarrer CB-5 (168 MW) à partir de début janvier 2027, pour atteindre 438 MW de capacité contractée énergisée au 1S 2027 — le seuil qui doit faire basculer l'EBITDA ajusté en territoire positif.
Encaisser le solde d'Abernathy : 150 M$ d'ici le 31 décembre 2026, ~130 M$ d'ici le 30 avril 2027.
Clôturer l'acquisition de Morgantown et notifier la FERC dans les 10 jours suivant la clôture.
Boucler le financement de Hawesville — étape critique, probablement via de la dette sécurisée de projet au niveau d'une filiale dédiée, sur le modèle des 3,2 Md$ de WULF Compute.
Moyen terme (2027 – 2030)
Livrer les 401 MW d'Anthropic à Hawesville entre le T4 2027 et le T1 2028 : le jalon qui transforme le profil de résultat de la société.
Contracter 250 à 500 MW de capacité IT critique incrémentale par an, objectif réaffirmé à chaque publication. À 10-12 M$ par MW, cela représente 2,5 à 6,0 Md$ de formation de capital annuelle.
Muskie (Grayson, KY) : 1 GW de puissance contractée ; première tranche de 500 MW en montée en charge à partir de 2028, seconde tranche de 500 MW avancée à 2029 (sous réserve de la PSC). La commercialisation auprès de locataires pourrait commencer dès mi-2027 selon TD Cowen.
Chesapeake Data (Morgantown, MD) : campus « net generator » intégrant 1 GW de génération, 500 MW de stockage batterie et 1 GW de charge data center, en deux phases, horizon 2030.
Modèle financier cible : ~85% de marge NOI sur les contrats, rendement « low-teens » sur le coût, refinancement en dette d'infrastructure longue à ~4,5× de levier stabilisé, et une NOI moyenne annuelle d'environ 1,5 Md$ à pleine montée en charge du portefeuille contracté.
L'écart entre 1,5 Md$ de NOI annuelle cible et les −18,3 M$ d'EBITDA ajusté actuels résume le dossier : tout dépend de la capacité à livrer 839 MW dans les délais et à financer Hawesville sans détruire la valeur par action.
4. Analyse financière : progression de la valeur et risque de faillite
Compte de résultat — T2 2026 (données non auditées)
Poste
T2 2026
T2 2025
Lecture
Chiffre d'affaires total
44,77 M$
47,64 M$
−6% : le HPC ne compense pas encore l'extinction du minage
Coût des ventes (hors amort.)
12,40 M$
22,09 M$
Baisse mécanique liée à l'arrêt du minage
Charges d'exploitation
23,44 M$
3,51 M$
×6,7 : coûts pré-revenus du HPC
SG&A (dont parties liées)
126,94 M$
14,29 M$
Dont 83,9 M$ de stock-based comp + 14,4 M$ de don en actions
Résultat opérationnel
−140,45 M$
−15,59 M$
Dégradation forte
Charge d'intérêts
−56,39 M$
−4,01 M$
×14 : conséquence directe des 5,7 Md$ levés
Produits d'intérêts
+28,96 M$
+1,23 M$
Rémunération des 2,6 Md$ de trésorerie
Variation de juste valeur des bons
−755,67 M$
0 $
Non-cash ; augmente quand le cours monte
Résultat net
−940,83 M$
−18,37 M$
−1,94 $ par action
EBITDA ajusté
−18,34 M$
+14,53 M$
Le vrai indicateur : encore négatif
Bilan au 30 juin 2026
Poste
30/06/2026
31/12/2025
Commentaire
Trésorerie et équivalents
2 619,2 M$
3 266,4 M$
−647 M$ en six mois
Trésorerie restreinte (court + long terme)
409,4 M$
456,4 M$
Comptes de réserve du service de la dette
Immobilisations nettes
3 600,2 M$
1 507,7 M$
×2,4 : la trésorerie devient des actifs productifs
Total actif
8 048,4 M$
6 558,2 M$
+22,7%
Passif sur bons de souscription
1 816,7 M$
844,7 M$
×2,2 — poste non-cash mais dilutif in fine
Convertibles (court terme)
1 102,0 M$
489,8 M$
Reclassement en court terme : à surveiller
Convertibles (long terme)
1 001,1 M$
1 582,8 M$
Total convertibles ≈ 2,5 Md$ en valeur faciale
Dette long terme + part courante
3 110,1 M$
3 098,6 M$
3,2 Md$ d'obligations sécurisées 7,750% 2030 chez WULF Compute
Total passif
7 900,9 M$
6 417,7 M$
Capitaux propres
147,5 M$
140,4 M$
1,8% du total actif
Déficit accumulé
−2 361,2 M$
−993,7 M$
Doublé en six mois
Trésorerie : la question centrale
Flux d'exploitation : −154,3 M$ sur six mois (contre +1,7 M$ un an plus tôt). L'entreprise consomme du cash sur son cycle courant.
Flux d'investissement : ≈−1,61 Md$ sur six mois (1 378,5 M$ d'immobilisations et acomptes + 231,4 M$ d'acquisitions d'actifs). Le free cash flow annualisé ressort autour de −1,0 Md$.
Position nette : la société communique sur 2,7 Md$ de dette nette (5,7 Md$ de dette faciale − 2,6 Md$ de trésorerie − 0,4 Md$ de trésorerie restreinte). Trésorerie pro forma post-encaissement Abernathy : ~1,4 Md$ au niveau de la holding selon la présentation du 5 août.
Sécurisation du capex : ~90% du capex de construction restant de WULF Compute fait l'objet de bons de commande ; 1,3 Md$ de dépenses restantes face à 1,1 Md$ de trésorerie et lignes dédiées au sein de la structure de projet. Le programme de Lake Mariner est donc financé — contrairement à celui de Hawesville.
La société progresse-t-elle en valeur ?
Oui, en valeur d'entreprise — et c'est mesurable. En douze mois, TeraWulf est passée de ~0 MW à 102 MW de capacité IT critique générant des loyers, de 0 à 839 MW contractés, et de 0 à ~27 Md$ de revenus contractés avec des contreparties de premier plan. Les immobilisations nettes ont plus que doublé en six mois. La marge de segment HPC est passée de 0,8 M$ au T1 à 21,4 M$ au T2 2026, et le revenu locatif HPC a progressé de 52% en séquentiel. L'amendement de baux de juillet a créé +505 M$ de revenus supplémentaires sur la durée sans contrepartie négative. Les deux verrous réglementaires de l'été (Kentucky PSC, FERC) ont été levés.
Mais la valeur par action progresse beaucoup plus lentement. Le nombre d'actions pleinement diluées est passé à 624,8 M (+65 M en un trimestre) et atteindrait 693,8 M à un cours de 30 $. Autrement dit, une part significative de la création de valeur opérationnelle est captée par les porteurs de convertibles et de bons — dont Google. C'est exactement le raisonnement qui a conduit Morgan Stanley à réduire son objectif de 13% sans modifier ses hypothèses d'exploitation. Les capitaux propres comptables (147,5 M$) sont quasi nuls face à 8,05 Md$ d'actifs : tout dérapage sur les coûts de construction ou tout retard de livraison se répercute directement sur l'actionnaire.
Risque de faillite
Faible à horizon 2-3 ans. Arguments : (1) 3,03 Md$ de trésorerie au 30/06 plus ~280 M$ à encaisser sur Abernathy ; (2) aucune échéance obligataire majeure avant 2030 pour les obligations sécurisées et 2030-2032 pour les convertibles ; (3) ~90% du capex restant de Lake Mariner sécurisé ; (4) backstop de crédit Google de 3,2 Md$ sur les loyers Fluidstack, dont 600 M$ déjà activés ; (5) revenus contractés de ~27 Md$ offrant une capacité de refinancement en dette d'infrastructure ; (6) 210 MW de génération électrique opérationnelle à Morgantown, actif tangible et liquide ; (7) accès démontré aux marchés de capitaux (5,7 Md$ de dette et 1,2 Md$ d'actions levés en dix-huit mois).
Les scénarios qui feraient dérailler la thèse : (1) défaillance ou renégociation d'Anthropic ou de Fluidstack — aucun des deux n'est noté, et la partie Anthropic n'a pas de garantie externe ; (2) échec ou coût prohibitif du financement des 4,0-4,5 Md$ de Hawesville, qui obligerait à une dilution massive ; (3) dérapage des coûts de construction au-delà de 8-12 M$/MW ; (4) retard de livraison au-delà des périodes de grâce contractuelles ; (5) retournement du cycle d'investissement IA — le risque macro le plus sous-estimé, la société étant devenue une pure option sur la demande de calcul ; (6) extension du durcissement réglementaire au-delà de New York et du Massachusetts. (7) nouveau : remontée durable des taux longs (10 ans ~5,2-5,4% début octobre) et resserrement du crédit, qui renchérissent les financements de projet et les refinancements dont dépend tout le modèle (~4,5× de levier stabilisé visé). Le refinancement de ~1,1 Md$ de convertibles désormais classées en court terme constitue le premier test de marché.
5. Note globale : 6.0 / 10
Critère
Note
Justification
Solidité du carnet de commandes
9 / 10
~27 Md$ contractés, 839 MW, baux de 10-20 ans, backstop Google de 3,2 Md$
Qualité des actifs
8,5 / 10
2,9 GW de charge IT critique contrôlée sur 5 sites, dans quatre marchés électriques ; l'électricité est la ressource rare du cycle IA
Exécution opérationnelle
7,5 / 10
Livraison séquentielle démontrée, coûts tenus, CB-4 dans les délais, amendements de baux relutifs
Liquidité et risque de faillite
6,5 / 10
3,0 Md$ de trésorerie, pas d'échéance avant 2030, mais FCF de ~−1 Md$/an, Hawesville non financé, nouveaux besoins (ligne de crédit, lettres de crédit) dans un contexte de taux en hausse
Structure de bilan
3,5 / 10
5,21 Md$ de dette pour 147,5 M$ de capitaux propres, déficit accumulé de 2,36 Md$, 1,82 Md$ de passif sur bons
Rentabilité actuelle
3 / 10
EBITDA ajusté de −18,3 M$ et en dégradation séquentielle, SBC à 1,9× le CA
Dilution actionnariale
3,5 / 10
624,8 M d'actions diluées (+65 M en un trimestre), jusqu'à 693,8 M à 30 $
Environnement réglementaire
5 / 10
Kentucky (Hawesville) et FERC franchis, Kentucky Power coopératif sur Muskie, mais moratoire NY en vigueur, dossier Maryland ouvert sur trois fronts, contentieux à Lansing
Concentration clients
4 / 10
Trois clients, deux sociétés privées non notées, une seule exposition rehaussée
Potentiel de revalorisation 2-3 ans
8 / 10
Objectif moyen ≈33,3 $ contre 13,37 $ ; TD Cowen initie à Buy le 12/10 ; le potentiel théorique s'est accru avec la baisse du titre
Environnement de marché et de financement
3,5 / 10
Taux longs à des plus-hauts de plusieurs décennies, Fed potentiellement restrictive, doutes sur les revenus des locataires IA, titre sous 14 $ malgré des nouvelles positives
Alignement des dirigeants
5 / 10
PDG toujours premier actionnaire (~40 M d'actions), achat modeste d'un administrateur (15/09), mais forward prépayé sur 3 M d'actions, ventes de fin août et nouveau Form 144 signalé
Synthèse — pourquoi 6.0 et pas davantage. TeraWulf réunit ce qu'on cherche dans une thèse d'infrastructure IA : des actifs électriques rares et contrôlés, un carnet de ~27 Md$, un actionnaire-garant de la qualité de Google, et une équipe qui livre dans les temps et dans les coûts. Le risque de faillite est réellement faible à l'horizon considéré. Mais trois éléments empêchent de monter la note. Premièrement, la société ne gagne toujours pas d'argent au niveau de l'EBITDA et ne le fera pas avant la montée en charge de CB-4/CB-5 en 2027. Deuxièmement, la structure de capital transfère une part importante de la création de valeur des actionnaires ordinaires vers les porteurs de bons et de convertibles — la dilution n'est pas un effet secondaire, c'est le mécanisme de financement lui-même. Troisièmement, les 4,0 à 4,5 Md$ de Hawesville ne sont pas financés et le seront nécessairement par de la dette additionnelle, de la dilution, ou les deux.
Pourquoi la baisse de 6.5 à 6.0. Les fondamentaux opérationnels n'ont pas reculé depuis le 28 septembre. Muskie passe à 1 GW de puissance contractée avec un calendrier avancé, et TD Cowen a initié à l'achat. En revanche, la variable dont dépend le plus la thèse s'est dégradée : le coût et la disponibilité du financement. TeraWulf doit encore lever 4,0 à 4,5 Md$ pour Hawesville, augmenter sa ligne de crédit et trouver de la dette pour des lettres de crédit. Elle doit aussi gérer ~1,1 Md$ de convertibles classés à court terme, tandis que les taux longs américains atteignent des plus-hauts de plusieurs décennies. Le marché s'interroge en parallèle sur la capacité des grands acteurs de l'IA à honorer leurs engagements d'infrastructure, ce qui touche directement un modèle reposant sur deux locataires privés non notés. Enfin, l'énergisation de CB-4, attendue fin septembre, n'a pas été confirmée publiquement. Pourquoi pas moins de 6.0 : le risque de faillite reste faible à 2-3 ans, le carnet de ~27 Md$ et le backstop Google sont intacts, et la baisse du cours (−15% en deux semaines) élargit l'écart avec les objectifs des analystes.
Profil d'investissement : option à fort levier sur la demande d'infrastructure IA et sur les conditions de crédit, à réserver à une poche spéculative d'un portefeuille diversifié (bêta ≈3,8 selon MarketBeat). Jalons à surveiller : confirmation de l'énergisation de CB-4 et trajectoire de l'EBITDA ajusté aux résultats du T3 le 6 novembre 2026 ; annonce du financement de Hawesville et ses conditions de taux ; hausse de la ligne de crédit ; dépôt devant la Kentucky PSC des contrats Muskie ; premier locataire de Muskie ; clôture de Morgantown ; nouvelles opérations d'initiés ; évolution des taux longs ; sort du moratoire new-yorkais (juillet 2027).
Ce rapport est une analyse documentaire à visée informative, établie à partir de sources publiques. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. L'auteur n'est pas conseiller financier agréé.