NASDAQ: WULF
Rapport généré le 11 août 2026
Secteur : Infrastructure numérique / Data centers HPC-IA · Minage Bitcoin (héritage)
Bourse : Nasdaq · Devise : USD

TeraWulf Inc.

Premier trimestre où le leasing HPC devient majoritaire (71 % du CA) — mais une perte nette record de 940,8 M$, un EBITDA ajusté repassé en négatif et une dette de ~5,2 Md$ rappellent que l'exécution reste tout le sujet

6.5/10
Note Potentiel Haussier (horizon 2–3 ans)
Carnet de commandes exceptionnel (~19 Md$ Anthropic sur 20 ans + baux Fluidstack adossés à 3,2 Md$ de garantie Google), trésorerie de 3,03 Md$ et modèle désormais validé par deux clients d'ancrage. En face : perte nette de 940,8 M$ au T2, EBITDA ajusté de −18,3 M$, dette de ~5,2 Md$ pour 147,5 M$ de fonds propres, charges d'intérêts (56,4 M$/trim.) supérieures au chiffre d'affaires, dilution massive et un titre divisé par ~1,8 depuis son plus haut.
$16.20
Cours (10/08/26)
$8.08B
Capitalisation
$3.03B
Trésorerie (30/06)
~$5.21B
Dette financière
$44.8M
CA T2 2026
1
Ce que fait l'entreprise

TeraWulf Inc. (NASDAQ : WULF), fondée en 2021 et basée à Easton (Maryland), est un propriétaire-développeur-exploitant verticalement intégré d'infrastructure numérique de grande échelle aux États-Unis. Historiquement mineur de Bitcoin, la société achève un pivot vers la location de capacité de data centers destinés au calcul haute performance (HPC) et à l'intelligence artificielle. Son avantage différenciant : le contrôle de long terme du foncier, de la puissance électrique et des points d'interconnexion — l'accès à l'énergie étant devenu la contrainte structurante du déploiement d'infrastructure IA. La société ne compte que 141 salariés pour un parc en construction de plusieurs gigawatts, ce qui traduit un modèle très capitalistique et fortement dépendant de sous-traitants.

Segment 1 — Location HPC / IA (moteur)

Baux de 10 à 20 ans sur de la capacité IT critique. Au T2 2026, ce segment a généré 31,9 M$, soit ~71 % du chiffre d'affaires total — première fois qu'il devient majoritaire. Marge de segment déclarée d'environ 28 % au T2 (≈ 80 % hors éléments non récurrents, pour une cible long terme de ~85 %). Deux clients d'ancrage : Fluidstack (adossé à Google) et Anthropic.

71 % du CA T2 Baux 10–20 ans Cible marge ~85 %
Segment 2 — Minage Bitcoin (héritage, en extinction)

Activité historique à Lake Mariner, dont les infrastructures sont progressivement reconverties vers le HPC. Le revenu d'actifs numériques s'est effondré à 12,8 M$ au T2 2026 contre 47,6 M$ un an plus tôt (−73 %). Ce segment n'est plus un moteur mais une source de trésorerie résiduelle et un actif de reconversion.

−73 % sur un an Reconversion en cours

Le portefeuille de sites (le vrai actif)

Lake Mariner — Barker, New York (campus phare)

Ancien site de centrale à charbon. 102 MW de capacité IT critique génératrice de revenus après la livraison de CB-3 début juillet 2026, et 336 MW supplémentaires en construction (CB-4 et CB-5). La société poursuit par ailleurs 250 MW de puissance incrémentale, sous réserve d'approbation d'interconnexion. Client : Fluidstack.

102 MW en service336 MW en construction
Justified — Hawesville, Kentucky

Ancien site industriel avec ~480 MW de puissance brute accessible, sous-station énergisée, lignes haute tension existantes et plus de 250 acres constructibles. Bail Anthropic de 20 ans sur ~401 MW de charge IT critique, première livraison attendue au 2e semestre 2027, pleine capacité début 2028.

Anthropic 401 MWLivraison S2 2027
Muskie — Grayson, Kentucky (acquis mai 2026)

~308 acres en Kentucky oriental. Accords de service électrique et d'infrastructure signés avec Kentucky Power Company pour jusqu'à 1 GW de puissance contractée. Mise en service initiale attendue au T4 2028, développement par phases ensuite. Aucun client signé à ce stade.

Jusqu'à 1 GWNon contracté
Chesapeake — Morgantown, Maryland

Site de production connecté au réseau, ~210 MW opérationnels. La FERC a autorisé le 29 juillet 2026 l'acquisition de la centrale de Morgantown, levant une condition réglementaire majeure. Potentiel de campus intégré production + stockage + data center jusqu'à 1 GW, exploitation envisagée vers 2030.

Autorisation FERC obtenueHorizon 2030
Lake Hawkeye (New York) — ~183 acres loués sur un ancien site industriel avec infrastructure électrique existante, potentiel d'environ 400 MW bruts (~320 MW de charge IT), exploitation non envisagée avant ~2029. Il s'agit d'une option de long terme, pas d'un actif productif.
Curiosité de classification : les principaux agrégateurs de données financières classent encore WULF dans le secteur « Financials / Capital Markets », héritage de son passé de mineur de Bitcoin. La réalité économique de la société est désormais celle d'un foncier industriel / REIT de data centers en construction, ce qui rend les comparables sectoriels automatiques peu pertinents.
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Avancées et événements des 12 derniers mois

Chronologie des faits marquants

  • Août 2025
    Signature des baux d'hébergement IA de 10 ans avec Fluidstack (200+ MW) à Lake Mariner. Google garantit 1,8 Md$ des obligations locatives de Fluidstack et reçoit des bons de souscription sur ~41 M d'actions (~8 % du capital pro forma). Extension quelques jours plus tard avec le bail CB-5 de 160 MW : garantie Google portée à ~3,2 Md$ et bons additionnels de 32,5 M d'actions, soit ~14 % du capital pro forma.
  • Février 2026
    Publication du rapport annuel 10-K pour l'exercice 2025 : chiffre d'affaires de 168,5 M$ (+20,3 %) mais perte nette de 661,4 M$, en hausse de plus de 800 % par rapport à 2024 — l'ampleur de la phase d'investissement devient visible dans les comptes.
  • Avril 2026
    Augmentation de capital d'environ 1 Md$. Sur le premier semestre, les émissions d'actions ont rapporté 1,20 Md$ nets de frais. Le nombre d'actions en circulation passe de 420,1 M (31/12/2025) à 498,9 M (30/06/2026), soit +18,8 % en six mois.
  • Mai 2026
    Acquisition du campus Muskie (Grayson, Kentucky) et signature des accords de service électrique avec Kentucky Power pour jusqu'à 1 GW. Trésorerie décaissée pour acquisitions d'actifs sur le semestre : 231,4 M$.
  • 6 juillet 2026
    Événement majeur — bail Anthropic. Bail de 20 ans sur ~401 MW au campus Justified, représentant ~19 Md$ de revenus contractés sur la durée initiale et jusqu'à ~33 Md$ si les deux options d'extension de 5 ans sont exercées. Revenus adossés à un soutien de crédit de qualité « investment grade ». Le titre bondit de plus de 17 %. Simultanément, cession de la totalité des 50,1 % détenus dans la JV Abernathy (Texas, 168 MW) à un groupe mené par Fluidstack pour ~530 M$, soit une plus-value sur un investissement d'environ 450 M$.
  • Mi-juillet 2026
    Choc réglementaire — moratoire de New York. La gouverneure Kathy Hochul signe un décret instaurant un moratoire d'un an sur les permis environnementaux d'État pour les data centers de plus de 50 MW, le temps d'élaborer une étude d'impact générique et un cadre d'investissement communautaire. Le titre chute, TeraWulf étant l'acteur coté le plus exposé à l'État de New York. Les analystes (dont Needham, Buy, objectif 33 $) estiment que Lake Mariner, déjà permis et en construction, n'est pas affecté, mais le risque pèse sur les extensions futures (250 MW incrémentaux, Lake Hawkeye).
  • Début juillet 2026
    Livraison de CB-3, portant la capacité génératrice de revenus de 81 à 102 MW. Cette livraison a satisfait les conditions permettant à 600 M$ du soutien de crédit de Google aux obligations de Fluidstack de devenir effectifs — jalon de crédit important.
  • 29 juillet 2026
    Autorisation FERC pour l'acquisition de la centrale de Morgantown (Maryland), levant une condition réglementaire clé du projet Chesapeake (jusqu'à 1 GW).
  • 5 août 2026
    Résultats du T2 2026. CA de 44,8 M$ (−6 % sur un an), perte nette de 940,8 M$ (dont 755,7 M$ de variation non-cash de juste valeur des bons de souscription), EBITDA ajusté de −18,3 M$ contre +14,5 M$ un an plus tôt. Perte par action de 1,94 $ contre un consensus d'environ −0,25 $. Le titre recule.
  • Juillet–Août 2026
    Objectifs d'analystes en ordre dispersé. B. Riley relève de 32 à 40 $ (Buy) ; Chardan initie à Buy avec 32 $ ; Keefe Bruyette abaisse de 33 à 30 $ (Outperform) ; Citizens abaisse de 30 à 29 $ (Outperform) le 7 août. Consensus de 18 analystes : « Strong Buy », objectif moyen ~37,4 $, fourchette 29–72 $ — une dispersion inhabituellement large.
Points positifs
  • Diversification client réussie. Le risque de contrepartie unique (Fluidstack) est atténué par l'arrivée d'Anthropic, l'un des tout premiers laboratoires d'IA mondiaux.
  • Carnet de commandes gigantesque rapporté à la taille de la société : ~19 Md$ Anthropic sur 20 ans, jusqu'à ~33 Md$ avec extensions, pour une capitalisation de ~8 Md$.
  • Le leasing HPC devient majoritaire (71 % du CA) — la transformation du modèle est actée dans les comptes, plus seulement dans les communiqués.
  • Déblocage de 600 M$ de garantie Google après la livraison de CB-3 : jalon de crédit tangible.
  • Recyclage de capital discipliné : cession d'Abernathy à ~530 M$ (prime sur ~450 M$ investis), redéploiement sur des campus détenus en propre.
  • Autorisation FERC pour Morgantown : le pipeline gigawatt se dérisque réglementairement.
  • Construction dans les clous : coût maintenu dans la fourchette annoncée de 8–10 M$ par MW de charge IT critique.
Points négatifs et risques émergents
  • Moratoire data centers dans l'État de New York : bloque potentiellement les 250 MW incrémentaux et Lake Hawkeye. Risque de contagion réglementaire à d'autres États.
  • Rémunération en actions hors norme : 185,4 M$ sur le semestre (dont 83,9 M$ au T2) pour 78,8 M$ de chiffre d'affaires — la charge de SBC représente 2,4× le CA. Un point de gouvernance sérieux.
  • Dilution massive et continue : +18,8 % d'actions en six mois, plus 73,6 M de bons Google exerçables à 0,01 $ (soit ~13 % de dilution supplémentaire quasi gratuite).
  • Charges d'intérêts (56,4 M$ au T2) supérieures au chiffre d'affaires (44,8 M$) — un seuil de rentabilité très haut placé.
  • Contentieux et enquêtes en cours depuis 2024 : plusieurs cabinets (Block & Leviton, Schall, Berger Montague) enquêtent ou ont engagé une action collective après le rapport de Hunterbrook Media contestant l'appellation « zéro carbone » et l'achat effectif de certificats d'énergie renouvelable. Le titre avait chuté de 23 % à l'époque.
  • Interrogations de gouvernance sur des transactions entre parties liées (le poste « frais généraux — parties liées » atteint 14,5 M$ au T2 contre 4,3 M$ un an plus tôt), un sujet largement relayé par des analyses critiques indépendantes.
  • Volatilité extrême : bêta de 4,29, fourchette 52 semaines de 5,02 $ à 29,84 $. Le cours a été divisé par ~1,8 depuis son plus haut.
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Stratégie à court et moyen terme
Court terme (S2 2026 – 2027)
  • Énergiser CB-4 : première salle de données en phase de mise en service, énergisation prévue fin septembre 2026, livraisons échelonnées et démarrage des loyers au S2 2026.
  • Énergiser CB-5 à partir de début janvier 2027, livraison par phases.
  • Finaliser la cession d'Abernathy (~530 M$ de trésorerie entrante).
  • Boucler l'acquisition de Morgantown (conditions de closing restantes après le feu vert FERC).
  • Financer la construction de Justified pour Anthropic — le principal enjeu de capital des 18 prochains mois.
  • Faire converger la marge du segment HPC de ~80 % (hors éléments) vers la cible de ~85 %.
Moyen terme (2027 – 2030)
  • Livrer Justified à Anthropic : mise en service initiale au S2 2027, pleine capacité de 401 MW début 2028. C'est l'échéance qui détermine la thèse.
  • Développer Muskie : service électrique initial attendu au T4 2028, jusqu'à 1 GW par phases. Client à trouver.
  • Chesapeake / Morgantown : campus intégré production + stockage + data center jusqu'à 1 GW, premières opérations envisagées vers 2030.
  • Lake Hawkeye : ~320 MW de charge IT, horizon ~2029, sous réserve de permis (et du moratoire new-yorkais).
  • Objectif réaffirmé : contracter 250 à 500 MW de capacité IT critique incrémentale par an, en privilégiant les sites à puissance sécurisée et demande client identifiée.

Lecture du modèle

La stratégie affichée est celle d'une plateforme répétable : contrôler des sites à avantage énergétique, sécuriser des contrats clients de longue durée et de bonne qualité de crédit, aligner le déploiement de capital sur la demande contractée, financer et livrer par phases. Les trois opérations du trimestre (acquisition Muskie, bail Anthropic, cession Abernathy) illustrent effectivement les quatre étapes du cycle : acquisition de site, contractualisation, exécution, recyclage de capital. Le point d'attention est que ce modèle consomme du capital très en amont des revenus : Anthropic ne paiera pas un dollar de loyer avant le second semestre 2027, alors que la construction de Justified doit être financée dès maintenant.

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Analyse financière — trésorerie, dette et risque de faillite

Compte de résultat — T2 2026 vs T2 2025 (M$)

PosteT2 2026T2 2025VariationS1 2026
Revenu actifs numériques (Bitcoin)12,847,6−73 %25,8
Revenu de baux HPC31,90,0n/a53,0
Chiffre d'affaires total44,847,6−6 %78,8
Coût des ventes (hors amort.)12,422,1−44 %14,8
Frais généraux & administratifs112,410,0×11,2240,0
Frais généraux — parties liées14,54,3×3,414,7
Amortissements21,218,8+13 %49,7
Résultat opérationnel−140,5−15,6×9,0−302,6
Charges d'intérêts−56,4−4,0×14,1−123,5
Produits d'intérêts+29,0+1,2×23,5+58,4
Variation juste valeur des bons (non-cash)−755,70,0n/a−972,0
Perte nette−940,8−18,4×51,2−1 368,5
EBITDA ajusté (non-GAAP)−18,3+14,5bascule−22,4
Perte par action (de base et diluée)−1,94 $−0,05 $×38,8−3,01 $
Comment lire la perte de 940,8 M$ : l'essentiel (755,7 M$) provient de la réévaluation à la juste valeur des bons de souscription Google, une charge comptable et non monétaire qui augmente mécaniquement quand le cours de l'action monte. Elle ne consomme pas de trésorerie. Mais elle n'est pas neutre pour autant : ces bons, exerçables à 0,01 $, représentent une dilution réelle et quasi gratuite pour les actionnaires existants. Retraitée, la perte « économique » du trimestre reste d'environ 185 M$, et l'EBITDA ajusté de −18,3 M$ est le chiffre le plus significatif pour juger de l'exploitation.

Bilan au 30 juin 2026 (M$)

3 028,6
Trésorerie + restreinte
−694,2 vs 31/12/2025
5 213,1
Dette financière brute
+42,0 vs 31/12/2025
2 184,5
Dette financière nette
Détérioration
8 048,4
Total actif
+22,7 %
7 900,9
Total passif
+23,1 %
147,5
Fonds propres totaux
1,8 % du bilan
Structure de la dette et engagements30/06/202631/12/2025Variation
Obligations convertibles — part courante1 102,0489,8+125 %
Obligations convertibles — part non courante1 001,11 582,8−37 %
Dette long terme3 019,33 052,2−1 %
Part courante de la dette long terme90,746,3+96 %
Dette financière totale5 213,15 171,1+0,8 %
Passif sur bons de souscription (non-cash)1 816,7844,7+115 %
Dettes fournisseurs197,865,1×3,0
Dettes de construction courues287,5102,6×2,8
Immobilisations corporelles nettes3 600,21 507,7×2,4
Déficit cumulé−2 361,2−993,7×2,4

Évolution de la trésorerie — semestre clos le 30 juin 2026 (M$)

FluxS1 2026S1 2025Commentaire
Flux opérationnels−154,3+1,7Bascule en consommation de trésorerie
Investissements en immobilisations−1 378,5−213,6×6,5 — cœur de la phase de construction
Acquisitions d'actifs (Muskie)−231,40,0Extension du portefeuille foncier
Cession d'actifs numériques+24,6+82,4Contribution du minage en forte baisse
Flux d'investissement−1 605,7−132,1×12,2
Émissions d'actions (nettes de frais)+1 199,80,0Dilution — principal financement du semestre
Retenues fiscales sur attributions d'actions−131,5−18,9Sortie de cash liée à la rémunération
Dette court terme (net)−7,30,0Émission 92,8 / remboursement 100,1
Flux de financement+1 065,8−52,2Financé quasi exclusivement par le capital
Variation nette de trésorerie−694,2−182,6De 3 722,8 à 3 028,6 M$
Intérêts payés en cash−131,1−7,1×18,4 — le service de la dette devient lourd
Le point le plus préoccupant du bilan : le passif courant total atteint 3 763,9 M$ face à un actif courant de 2 806,5 M$, soit un fonds de roulement négatif de ~957 M$. Ce chiffre doit toutefois être retraité : le passif sur bons de souscription (1 816,7 M$) est non monétaire et se dénoue en actions, pas en trésorerie. Hors ce poste, le passif courant retombe à ~1 947 M$ pour 2 806 M$ d'actif courant, soit un ratio de liquidité générale d'environ 1,44 — confortable. En revanche, 1 102 M$ d'obligations convertibles sont désormais classées en part courante (contre 490 M$ six mois plus tôt) : c'est une échéance réelle à surveiller de près sur les douze prochains mois.

Progression de la valeur : les faits

Ce qui progresse réellement
  • Base d'actifs : immobilisations nettes multipliées par 2,4 en six mois (1,51 → 3,60 Md$). La valeur se construit dans le sol et le béton, pas encore dans le compte de résultat.
  • Revenus récurrents : le leasing HPC est passé de 0 à 31,9 M$ par trimestre en un an, et de 21,0 M$ (T1) à 31,9 M$ (T2), soit +52 % en un trimestre.
  • Capacité en service : 81 MW au 30 juin, 102 MW début juillet, 336 MW en construction. La courbe de revenus suit mécaniquement la courbe de livraison.
  • Revenus contractés : ~19 Md$ (Anthropic) + baux Fluidstack adossés à 3,2 Md$ de garantie Google, à comparer à une capitalisation de 8,1 Md$.
Ce qui détruit de la valeur par action
  • Dilution : +18,8 % d'actions en six mois, plus 73,6 M de bons à 0,01 $ non encore exercés. Le gâteau grossit, mais le nombre de parts aussi — rapidement.
  • Fonds propres résiduels de 147,5 M$ seulement, soit 1,8 % du bilan. Toute dépréciation d'actif significative les efface.
  • Rémunération en actions de 185,4 M$ au semestre pour 78,8 M$ de CA : un transfert de valeur des actionnaires vers les dirigeants et salariés d'une ampleur rare.
  • Dépréciation d'actifs de 25,7 M$ comptabilisée au S1 sur les immobilisations (probablement le parc de minage reconverti).
  • Le cours a reculé de ~22,7 $ (23/07) à 16,20 $ (10/08) malgré l'annonce Anthropic : le marché sanctionne la publication du T2.

Évaluation du risque de faillite

Liquidité à 12 mois
Faible
Levier / structure de dette
Élevé
Dépendance au refinancement
Élevé
Risque d'exécution (construction)
Moyen
Concentration client
Moyen
Risque réglementaire (NY, permis)
Moyen
Dilution actionnariale
Élevé
Gouvernance / parties liées
Moyen

Mon avis sur le risque de défaillance

Le risque de faillite à 12–18 mois est faible, et il faut le dire clairement : avec 3,03 Md$ de trésorerie (dont ~2,62 Md$ non restreints), un ratio de liquidité retraité de ~1,44 et 530 M$ à encaisser sur la cession d'Abernathy, TeraWulf dispose de la marge nécessaire pour financer ses chantiers contractés. Les produits d'intérêts (29,0 M$ au T2) couvrent d'ailleurs plus de la moitié des charges d'intérêts (56,4 M$).

Le risque devient réel à horizon 2027–2028, et c'est là qu'il faut concentrer l'attention. La construction de Justified pour Anthropic (401 MW à 8–10 M$ le MW, soit un ordre de grandeur de 3,2 à 4,0 Md$) devra être financée avant le premier dollar de loyer, attendu au S2 2027. Or la trésorerie a déjà fondu de 694 M$ en six mois, les flux opérationnels sont négatifs de 154 M$ et 1,10 Md$ de convertibles sont en part courante. La société devra donc lever plusieurs milliards de dollars supplémentaires — par dette de projet, capital, ou les deux. Elle a démontré sa capacité à le faire (1,2 Md$ levés au S1), mais à un coût de dilution élevé et dans un marché qui reste favorable au thème IA. Si ce marché se referme, la trajectoire devient tendue très vite.

Le scénario défavorable n'est pas un défaut immédiat mais une spirale de dilution : lever du capital à des cours déprimés pour financer des chantiers dont les revenus arrivent 18 mois plus tard, en diluant les actionnaires existants à chaque tour. Avec 1,8 % de fonds propres au bilan, la société n'a aucun coussin d'absorption : le moindre retard de livraison, dépassement de coût, ou défaillance de contrepartie (Fluidstack et Anthropic sont des sociétés non cotées et déficitaires, même si Google garantit 3,2 Md$ pour la première et qu'un soutien « investment grade » est annoncé pour la seconde) se traduirait directement par un besoin de capital additionnel.

5
Note globale et conclusion

Note : 6.5 / 10

0 — Faillite probable5 — Neutre10 — Très fort potentiel

La note est inchangée par rapport au rapport du 24 juillet 2026, mais pour des raisons différentes. Deux mouvements se sont compensés : d'un côté la confirmation du bail Anthropic, la livraison de CB-3, le déblocage de 600 M$ de garantie Google et l'autorisation FERC — autant de dérisquages tangibles ; de l'autre, un T2 nettement plus faible qu'attendu (EBITDA ajusté repassé en négatif, charges d'intérêts supérieures au CA, rémunération en actions de 83,9 M$ sur le seul trimestre) et un moratoire réglementaire à New York qui plafonne les extensions du site phare.

8,0/10
Qualité des actifs & carnet
7,0/10
Solidité de la liquidité
4,0/10
Structure financière
3,5/10
Protection de l'actionnaire (dilution)
6,5/10
Exécution opérationnelle
5,5/10
Gouvernance

Justification de la note

Pourquoi pas moins de 6 : peu de sociétés de cette taille disposent d'un carnet de commandes contracté de 19 Md$ sur 20 ans avec un client de premier plan, adossé à un soutien de crédit de qualité investment grade, plus des baux Fluidstack garantis à hauteur de 3,2 Md$ par Google. La trésorerie de 3,03 Md$ écarte tout risque de défaut à court terme. Le pivot est acté dans les chiffres — 71 % du CA vient désormais du leasing HPC — et la construction reste dans les clous budgétaires annoncés. Le consensus de 18 analystes est « Strong Buy » avec un objectif moyen de 37,4 $, soit plus du double du cours actuel.

Pourquoi pas plus de 7 : la structure financière est fragile. Des fonds propres de 147,5 M$ pour 8,05 Md$ de bilan, une dette de 5,21 Md$, des charges d'intérêts supérieures au chiffre d'affaires, un EBITDA ajusté négatif, une consommation de trésorerie opérationnelle de 154 M$ au semestre et une dilution de près de 19 % en six mois — sans compter 73,6 M de bons exerçables à un centime. La valeur créée au niveau de l'entreprise ne se transmet pas intégralement à l'actionnaire. À cela s'ajoutent un moratoire réglementaire dans l'État le plus stratégique pour la société, des enquêtes de cabinets d'avocats toujours ouvertes depuis 2024 et des interrogations récurrentes sur les transactions avec parties liées.

Ce qu'il faut surveiller pour réviser la note : l'énergisation de CB-4 fin septembre 2026 et de CB-5 début janvier 2027 (à l'heure ou en retard ?) ; le mode de financement retenu pour Justified (dette de projet plutôt que capital serait un signal fort) ; le retour de l'EBITDA ajusté en territoire positif, attendu mécaniquement avec la montée en charge de CB-4 ; l'encaissement des 530 M$ d'Abernathy ; le traitement des 1,10 Md$ de convertibles en part courante ; et l'évolution du moratoire new-yorkais à son échéance de mi-2027.

Profil de l'investissement : TeraWulf est un dossier à fort levier et à forte convexité. Bêta de 4,29, fourchette annuelle de 5,02 $ à 29,84 $, dispersion des objectifs d'analystes de 29 $ à 72 $. Si les livraisons sont tenues et le financement de Justified obtenu sans dilution excessive, le potentiel de revalorisation sur 2–3 ans est considérable. Si l'exécution dérape ou si l'accès au capital se resserre, la baisse peut être tout aussi brutale. Ce n'est pas un dossier de fond de portefeuille.

S
Sources