Tempus AI, Inc. (NASDAQ : TEM), fondée en 2015 par Eric Lefkofsky et basée à Chicago, est une société technologique de médecine de précision. Son cœur de métier est d'agréger et de structurer d'énormes volumes de données cliniques et moléculaires, puis d'y appliquer l'intelligence artificielle pour aider médecins, chercheurs, payeurs et laboratoires pharmaceutiques à prendre des décisions de traitement plus personnalisées. L'oncologie (cancer) est son point de départ et reste son terrain principal.
Le modèle économique s'organise autour de deux segments :
L'avantage concurrentiel revendiqué repose sur une bibliothèque de données multimodales parmi les plus vastes au monde (plus de 8,5 millions de dossiers patients dé-identifiés, dont plus de 1,5 million reliant données cliniques et génomiques) et sur la boucle vertueuse données → modèles IA → meilleurs diagnostics → davantage de données. Le groupe a élargi son périmètre par acquisitions : Ambry Genetics (génétique héréditaire/pédiatrique, clôturée en février 2025), ainsi que Paige AI (pathologie numérique), Deep 6 AI et OneOme (pharmacogénomique).
Sources primaires : résultats du T1 2026 (trimestre clos le 31/03/2026, publiés le 05/05/2026, formulaire 8-K), résultats annuels 2025 (publiés le 24/02/2026) et dépôts SEC (10-K 2025), complétés de données publiques de marché. Montants en USD. L'exercice fiscal se clôture le 31 décembre.
| Élément | T1 2026 | Exercice 2025 | Exercice 2024 |
|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires total | 348,1 M$ | ~1 271,8 M$ | ~693,4 M$ |
| dont Diagnostics | 261,1 M$ | 955,4 M$ | n.c. |
| dont Data & Applications | 87,0 M$ | 316,4 M$ | n.c. |
| Croissance du CA (sur un an) | +36,1 % | +83,4 % | — |
| Marge brute | 63,8 % | n.c. | n.c. |
| Résultat d'exploitation | −84,7 M$ | n.c. | n.c. |
| Résultat net | −125,9 M$ | −245,0 M$ | n.c. |
| BPA dilué | −0,71 $ | n.c. | n.c. |
| EBITDA ajusté | −2,8 M$ | −7,4 M$ | n.c. |
La croissance est exceptionnelle et la marge brute solide (~64 %), mais la société reste déficitaire en GAAP. La perte nette du T1 2026 (−125,9 M$) est supérieure à celle du T1 2025 (−68,0 M$), alourdie par 56,3 M$ de charge de stock-options et 32,3 M$ de moins-values latentes sur titres. Bonne nouvelle néanmoins : l'EBITDA ajusté se rapproche de l'équilibre (−2,8 M$ au T1 2026 vs −16,2 M$ un an plus tôt) et la guidance 2026 vise un EBITDA ajusté positif (~+65 M$).
| Élément | Valeur | Commentaire |
|---|---|---|
| Trésorerie & équivalents | 521,2 M$ | — |
| Titres de placement (actions) | 117,9 M$ | Volatils (moins-values latentes) |
| Trésorerie restreinte | 4,7 M$ | — |
| Trésorerie + titres (total) | ~643,8 M$ | Position de liquidité correcte |
| Obligations convertibles « senior », nettes | 729,3 M$ | Principale dette |
| Dette à long terme (term loan Ares), nette | 204,6 M$ | Facilités Ares (total ~560 M$) |
| Billet convertible (« convertible promissory note ») | 199,3 M$ | — |
| Ligne de crédit renouvelable (« revolver ») | 100,0 M$ | Tirée |
| Dette financière totale | ~1 233 M$ | Supérieure à la trésorerie |
| Capitaux propres (« stockholders' equity ») | 416,4 M$ | Positifs mais en recul |
| Déficit cumulé | −2 521,8 M$ | Historique de pertes |
Le profil de solvabilité est intermédiaire. D'un côté, Tempus dispose d'environ 643,8 M$ de trésorerie et titres au 31/03/2026, de capitaux propres positifs (416,4 M$), d'une croissance forte et d'un EBITDA ajusté qui se rapproche du positif. De l'autre, la société brûle encore du cash : flux de trésorerie d'exploitation de −73,3 M$ au T1 2026 (en amélioration vs −105,6 M$ un an plus tôt) et la trésorerie nette a reculé d'environ 83,6 M$ sur le trimestre. Surtout, la dette financière (~1,23 Md$) dépasse la trésorerie, soit une dette nette d'environ 590 M$, dont une part importante d'obligations convertibles (~729 M$) et des facilités auprès d'Ares (term loan + revolver).
À l'horizon 2–3 ans, le risque de faillite apparaît modéré à faible : la liquidité actuelle couvre plusieurs trimestres de combustion au rythme présent, l'EBITDA ajusté devient positif en 2026, et le groupe a démontré sa capacité à lever de la dette et des capitaux. Mais ce n'est pas un bilan « forteresse » : la combinaison dette nette positive + pertes GAAP persistantes + dépendance aux marchés de financement impose à Tempus d'atteindre l'autofinancement dans les deux prochaines années, faute de quoi de nouvelles dilutions ou refinancements seront nécessaires.
Côté création de valeur : le potentiel haussier est réel. Le titre (~48–49 $ mi-juin 2026) se traite nettement sous l'objectif médian des analystes (~68 $), avec un consensus « Achat » et environ 40 % de potentiel théorique. La thèse s'appuie sur un marché immense (médecine de précision/IA en santé), un actif de données difficile à répliquer et une bascule attendue vers la rentabilité. Le principal frein n'est donc pas la croissance, mais la crédibilité : tant que les allégations de gouvernance/comptabilité (Spruce Point, recours collectifs, revenus de parties liées) ne sont pas levées, le marché appliquera une décote de risque et le multiple restera volatil.
CA 2025 +83 % (~33 % organique), T1 2026 +36 %, marge brute ~64 %. Guidance 2026 relevée à 1,59–1,60 Md$.
+8,5 M de dossiers ; collaborations AstraZeneca/Pathos (~200 M$), Merck, Gilead, Illumina, NYU Langone, Northwestern. Moat difficile à répliquer.
EBITDA ajusté −2,8 M$ au T1 2026 (vs −16,2 M$), guidance 2026 ~+65 M$. Décote vs objectifs analystes (~68 $, consensus « Achat »).
Perte nette −245 M$ en 2025, −125,9 M$ au T1 2026 ; flux d'exploitation −73,3 M$ au T1 2026. Pas encore autofinancée.
Dette financière ~1,23 Md$ vs ~644 M$ de cash (dette nette ~590 M$) ; convertibles ~729 M$. Charge de stock-options de 136 M$ en 2025 (dilution).
Rapport Spruce Point (mai 2025), recours collectifs en valeurs mobilières (AI-washing, parties liées, « round-tripping » SoftBank), litiges sur les données génétiques (Ambry, consolidés avr. 2026).
Note : 6,0 / 10
Sur le critère du risque de faillite, Tempus se situe dans une zone intermédiaire à plutôt rassurante à l'horizon 2–3 ans. La société dispose de ~643,8 M$ de trésorerie et titres, de capitaux propres positifs (416,4 M$), d'une croissance forte et d'un EBITDA ajusté qui devient positif en 2026. Mais ce n'est pas un bilan sans risque : la dette financière (~1,23 Md$) excède la trésorerie et la société brûle encore du cash. Le scénario de défaut « dur » est peu probable dans cet horizon, à condition que l'entreprise tienne sa trajectoire vers l'autofinancement.
Sur le critère de l'appréciation du cours à 2–3 ans, le potentiel est élevé mais conditionné. Du côté positif : une croissance de très haute qualité, un actif de données quasi unique, des partenariats pharma de premier plan, une bascule attendue vers la rentabilité et une décote du cours par rapport aux objectifs des analystes (~68 $ médian, consensus « Achat »). Du côté négatif : la société n'est pas encore rentable en GAAP, la dilution est forte, et surtout le dossier traîne un nuage de gouvernance/comptabilité (rapport vendeur à découvert, recours collectifs en valeurs mobilières, litiges sur les données génétiques, revenus de parties liées) qui plafonne la confiance et entretient une forte volatilité.
En net : une histoire de croissance séduisante avec un vrai moat de données, mais encore déficitaire et entachée de risques de gouvernance significatifs. D'où une note de 6,0/10 : risque de faillite modéré-faible et potentiel haussier important mais à forte incertitude. La revalorisation durable dépendra surtout (1) de la preuve d'une rentabilité GAAP et d'un cash-flow positifs, et (2) de la dissipation des doutes juridiques et comptables. À considérer comme une position de croissance à fort potentiel mais spéculative, à dimensionner avec prudence.