Sharplink, Inc. (NASDAQ : SBET) est une société américaine fondée en 2019, basée à Miami (Floride). Historiquement, il s'agissait d'une petite société de marketing d'affiliation en ligne dans le secteur du pari sportif (« SharpLink Gaming »).
Depuis le 2 juin 2025, l'entreprise s'est radicalement transformée pour devenir une trésorerie institutionnelle adossée à l'Ethereum (ETH). Elle se présente aujourd'hui comme une « plateforme de trésorerie Ethereum de qualité institutionnelle », conçue pour offrir aux investisseurs boursiers une exposition « productive » à l'ETH. Elle combine deux activités très asymétriques :
La gouvernance est un atout de visibilité : Joseph Lubin, co-fondateur d'Ethereum et CEO de Consensys, en est le président (Chairman) et fondateur de la stratégie, tandis que Joseph Chalom (ancien dirigeant de BlackRock) occupe le poste de directeur général (CEO). Le financement de l'accumulation d'ETH a reposé sur des émissions d'actions « at-the-market » (ATM) et levées de capitaux, sans recours à la dette.
Sources primaires : communiqué et états financiers du T1 2026 (trimestre clos le 31/03/2026, publication du 11/05/2026) et Form 10-Q déposé auprès de la SEC, complétés de données publiques de marché. Montants en USD. L'exercice fiscal se clôture le 31 décembre. Les crypto-actifs sont comptabilisés en partie à la juste valeur (norme « fair value » ASU 2023-08) et en partie au coût historique avec dépréciation, ce qui répercute directement les variations de l'ETH au compte de résultat.
| Élément | T1 2026 (31/03/2026) | T1 2025 (31/03/2025) |
|---|---|---|
| Revenus de staking | 11,50 M$ | 0,0 M$ |
| Revenus marketing d'affiliation | 0,56 M$ | 0,74 M$ |
| Chiffre d'affaires total | 12,06 M$ | 0,74 M$ |
| Gain réalisé sur crypto (net) | +12,01 M$ | — |
| Perte de juste valeur sur crypto (non-cash) | −506,66 M$ | — |
| Frais SG&A | −9,88 M$ | −1,06 M$ |
| Dépréciation de crypto au coût (non-cash) | −191,67 M$ | — |
| Perte d'exploitation (GAAP) | −684,58 M$ | −0,93 M$ |
| Perte nette (GAAP) | −685,56 M$ | −0,98 M$ |
| Perte par action (BPA dilué) | −3,25 $ | −1,84 $ |
Le chiffre d'affaires bondit à 12,06 M$ (contre 0,74 M$ un an plus tôt), tiré par les revenus de staking (11,50 M$) issus de la nouvelle stratégie ETH. Mais ce résultat est écrasé par une perte de juste valeur de −506,7 M$ et une dépréciation de −191,7 M$ liées à la baisse de l'ETH, à l'origine d'une perte nette de −685,6 M$. Cette perte est quasi intégralement non-cash : elle ne traduit aucune sortie de trésorerie et ne réduit pas le nombre d'ETH détenus, mais reflète la mécanique « fair value » qui fait du résultat de Sharplink un miroir du cours de l'Ethereum.
| Élément | 31/03/2026 | 31/12/2025 |
|---|---|---|
| Ethereum détenus | ~870 821 ETH | n.d. |
| Crypto-actifs (juste valeur) | 1 239,1 M$ | 1 899,7 M$ |
| Crypto-actifs (au coût) | 486,9 M$ | 500,9 M$ |
| Trésorerie & équivalents | 16,9 M$ | 28,5 M$ |
| Total actifs | 1 744,0 M$ | 2 431,8 M$ |
| Dette financière | 0 $ (aucune) | 0 $ (aucune) |
| Total passif | 4,2 M$ | 12,7 M$ |
| Capitaux propres | 1 739,8 M$ | 2 419,0 M$ |
| Actions en circulation | 199 125 509 | 198 646 255 |
Repères de marché au 18/06/2026 : cours ~5,21 $ · capitalisation ~1,07 Md$ · valeur de marché des ETH ~1,53 Md$ (≈872 984 × ~1 747 $) · mNAV ~0,83x (≈17 % de décote) selon Simply Wall St. La valorisation boursière est donc inférieure à la valeur de la réserve d'ETH.
Sur le plan de la solvabilité « dure », le profil de Sharplink est très solide à l'horizon 2–3 ans. La société n'a aucune dette financière : son passif total se limite à 4,2 M$ de dettes fournisseurs et charges à payer, face à ~1,74 Md$ d'actifs dont ~1,5 Md$ d'ETH liquides et stakés. Il n'existe aucune échéance de dette, aucune charge d'intérêts, et la couverture des passifs par les actifs est colossale (de l'ordre de plus de 400x). Un défaut / une faillite est très peu probable sauf effondrement durable et quasi total de l'ETH, et même dans ce cas, l'absence de dette élimine le risque de défaut au sens classique.
Le vrai point de tension est la trésorerie cash. Avec seulement 16,9 M$ de cash (en baisse depuis 28,5 M$ fin 2025) face à des frais SG&A de ~9,9 M$ par trimestre, la société brûle du cash sur son activité courante. Elle dépend donc de ses revenus de staking, de ventes éventuelles d'ETH ou de nouvelles levées (ATM) pour financer ses dépenses. Ce n'est pas un risque de faillite imminent (les ETH sont liquides et stakés), mais cela entretient une pression dilutive et une dépendance aux marchés de capitaux.
Le second point de vigilance est la dilution historique et la décote sur la NAV. Le nombre d'actions est passé d'environ 0,5 M (moyenne pondérée T1 2025) à ~199 M, traduisant des émissions massives pour acheter de l'ETH. La métrique de relution suivie (« ETH par action ») a néanmoins doublé (2,0 → 4,02), ce qui signifie que la dilution a été accrétive en ETH par action. À ~0,83x la NAV, émettre de nouvelles actions ordinaires devient toutefois dilutif en valeur : à l'inverse, cette décote permet à un acheteur d'obtenir aujourd'hui ~1 $ d'ETH pour ~0,83 $, ce qui peut constituer un point d'entrée attractif et justifie les rachats d'actions relutifs.
Côté création de valeur : SBET est un proxy Ethereum doté d'un moteur de rendement (staking ~100 %). En cas de rebond marqué de l'ETH, le titre devrait monter avec levier, et la fermeture de la décote ajouterait un surcroît de performance. À l'inverse, si l'ETH stagne ou rechute, la décote peut s'élargir, le cash continuer de se contracter, et l'action sous-performer. La valeur de Sharplink est ainsi doublement conditionnée : au cours de l'Ethereum, et au regard que le marché porte sur la prime/décote du véhicule.
0 $ de dette financière, passif total de seulement 4,2 M$ vs ~1,74 Md$ d'actifs. Aucune échéance, aucun intérêt. Risque de faillite « dure » très faible à 2–3 ans.
~873 000 ETH stakés à ~100 %, 18 800 ETH de récompenses cumulées. Moteur de rendement ETH-dénommé + déploiements onchain (fonds Galaxy ~125 M$).
À ~0,83x la NAV, on achète ~1 $ d'Ethereum pour ~0,83 $. Crédibilité forte (J. Lubin / Consensys), inclusion Russell, levier haussier réel si l'ETH rebondit.
Résultat, bilan et cours entièrement corrélés à l'ETH (~1 747 $, en forte baisse). Perte nette de −685,6 M$ au T1 2026 et titre effondré (~124 $ → ~5 $).
16,9 M$ de cash (vs 28,5 M$ fin 2025) face à ~9,9 M$ de SG&A/trimestre. Dépendance au staking, aux ventes d'ETH ou aux levées ATM.
Actions passées de ~0,5 M à ~199 M. Sous la NAV, émettre devient dilutif. Risques réglementaires crypto, staking/slashing et de déploiement onchain.
Note : 6,0 / 10
Sur le critère du risque de faillite, Sharplink est rassurante à l'horizon 2–3 ans. La société n'a aucune dette financière (passif total de 4,2 M$ seulement) et détient ~1,5 Md$ d'ETH liquides et stakés : la couverture des passifs par les actifs est colossale et il n'existe aucune échéance de dette. Un défaut « dur » est très improbable. Le seul vrai point de tension de solvabilité est la faible trésorerie cash (16,9 M$) face à une consommation de ~9,9 M$/trimestre, qui entretient une dépendance aux levées de capitaux et au staking.
Sur le critère de l'appréciation du cours à 2–3 ans, SBET reste un proxy Ethereum doté d'un moteur de rendement (staking ~100 %), désormais acheté en décote sur sa propre réserve d'ETH (~0,83x). Pour un investisseur haussier sur l'Ethereum, c'est un levier d'appréciation réel, avec un bonus potentiel si la décote se referme, si les rachats d'actions relutifs se poursuivent et si l'inclusion Russell attire des flux. Le consensus d'analystes est « Strong Buy » avec un objectif ~17,8 $. Le potentiel haussier est donc élevé… mais entièrement conditionné à l'ETH.
Ce qui plafonne la note : la dépendance à l'Ethereum est totale (perte de −685,6 M$ au T1, titre effondré de ~124 $ à ~5 $) ; la dilution historique a été extrême (de ~0,5 M à ~199 M d'actions) et émettre sous la NAV devient dilutif ; la trésorerie cash est mince ; et le dossier ajoute des risques propres au crypto (réglementaire, staking/slashing, déploiements onchain, dont le fonds Galaxy encore au stade de MoU).
En net : un bilan sans dette et sur-collatéralisé en ETH (solvabilité solide), mais une valorisation entièrement corrélée à l'Ethereum et une cyclicité crypto extrême. D'où une note de 6,0/10 : véhicule crédible pour s'exposer à l'Ethereum avec un faible risque de défaut et un rendement de staking réel, dont le potentiel de hausse à 2–3 ans dépend avant tout du redressement de l'ETH et de la résorption de la décote. À considérer comme une position très volatile, à accumuler sur repli pour un profil convaincu par l'Ethereum.