Rigetti Computing, Inc. (NASDAQ : RGTI, siège à Berkeley, Californie, fondée en 2013, 164 salariés) conçoit, fabrique et exploite des ordinateurs quantiques « full-stack » fondés sur des qubits supraconducteurs. La société est verticalement intégrée : elle conçoit ses puces, les fabrique dans sa propre usine (Fab-1, présentée comme la première installation dédiée et intégrée de fabrication de dispositifs quantiques de l'industrie), développe son électronique de contrôle et exploite ses machines.
Rigetti a développé le premier processeur quantique multi-puces de l'industrie. Plutôt que de graver un seul grand processeur (dont le rendement de fabrication s'effondre quand la taille augmente), la société assemble des petites puces de 9 qubits (« chiplets ») côte à côte. Le système phare Cepheus-1-108Q, disponible depuis avril 2026, est ainsi constitué de douze chiplets de 9 qubits juxtaposés. Cette approche modulaire est au cœur de la thèse d'investissement : elle est censée permettre de passer à 336 puis 1 000+ qubits sans buter sur les rendements de fabrication.
| Indicateur | Valeur | Commentaire |
|---|---|---|
| Nombre de qubits | 108 | Un des 3 seuls systèmes à portes logiques >100 qubits disponibles au monde, avec IBM et Google |
| Fidélité porte à 1 qubit (médiane) | ~99,9 % | — |
| Fidélité porte à 2 qubits (médiane) | ~99,1 % | 99,8 % à 9 qubits et 99,6 % à 36 qubits : la fidélité se dégrade avec l'échelle |
| Vitesse de porte | ~60 ns (gamme 50-70 ns) | ~10 000× plus rapide que les ions piégés, ~100× plus rapide que les atomes neutres |
| Temps de cohérence | 25 à 30 µs | Facteur limitant identifié par la direction pour progresser en fidélité |
Accord définitif de 100 M$ avec le gouvernement américain (8 septembre 2026) — c'est l'événement majeur de la période. La filiale Rigetti & Co, LLC a signé un accord définitif avec le Département du Commerce pour une dotation de 100 millions de dollars, allouée au titre du CHIPS Research and Development Office Broad Agency Announcement. Cet accord concrétise la lettre d'intention annoncée en mai 2026. Il finance trois projets de R&D visant explicitement les goulets d'étranglement du passage à l'échelle :
Rigetti fait partie d'un ensemble de trois sociétés (avec D-Wave et Quantinuum) recevant chacune 100 M$, soit 300 M$ au total. L'annonce a déclenché une hausse de plus de 10 % des valeurs quantiques le 8 septembre.
Accélération commerciale réelle. Le chiffre d'affaires du 2e trimestre 2026 atteint 5,138 M$ contre 1,801 M$ un an plus tôt (+185 %), et 9,538 M$ sur 6 mois contre 3,273 M$ (+191 %). La croissance provient des ventes de systèmes sur site. La marge brute passe de 31 % à 43 % grâce au mix de contrats et au pricing.
Disponibilité générale du Cepheus-1-108Q (avril 2026) — le plus grand ordinateur quantique multi-puces de l'industrie, accessible via QCS et Amazon Braket.
Commandes et déploiements. Bons de commande d'environ 5,7 M$ pour deux systèmes Novera de 9 qubits (un fabricant technologique asiatique, une start-up californienne en physique appliquée et IA), livraison attendue au 1er semestre 2026. Programme de système 108 qubits pour le C-DAC en Inde. Système 36 qubits déjà déployé au National Quantum Computing Centre britannique.
Extension de la collaboration avec HPE et le Pittsburgh Supercomputing Center (27 juillet 2026) — Rigetti livrera un système Novera 9 qubits au nouveau banc d'essai TangleLab du PSC, financé par une subvention de la National Science Foundation. L'objectif est un supercalculateur hybride quantique-classique.
Renforcement de la structure opérationnelle (19 août 2026) — création d'une organisation dédiée à la livraison de systèmes, avec nomination de David Rivas au poste nouvellement créé de Chief Operating Officer et d'Andrew Bestwick, Ph.D. comme Chief Technology Officer. Signal de passage d'une logique de laboratoire à une logique industrielle.
Investissement au Royaume-Uni — plan d'investissement pouvant atteindre 100 M$ sur plusieurs années, maintenu et réaffirmé dans le communiqué du 6 août 2026.
Effondrement boursier depuis les plus hauts. Le titre cote 15,16 $ au 10 septembre 2026, dans un intervalle 52 semaines de 12,53 $ – 58,15 $ : le cours est donc proche de son plus bas annuel et à environ -74 % de son plus haut. Le bêta de 2,01 confirme la très forte sensibilité au sentiment de marché. Le 6 août, malgré des résultats conformes aux attentes, le titre a chuté d'environ 14,6 % sur 24 heures.
Pertes en forte progression. La perte d'exploitation du T2 2026 atteint 28,06 M$ contre 19,88 M$ un an plus tôt (+41 %). Les dépenses de R&D bondissent de 13,52 M$ à 20,73 M$ (+53 %) et les frais commerciaux et administratifs de 6,93 M$ à 9,52 M$ (+37 %). Sur 6 mois, la perte d'exploitation passe de 41,51 M$ à 54,01 M$. Autrement dit, la croissance du chiffre d'affaires (+6,3 M$ sur 6 mois) est très largement dépassée par celle des charges (+15,1 M$).
Dilution structurelle. Le nombre d'actions en circulation est passé de 331 282 895 (31/12/2025) à 333 676 881 (30/06/2026). Surtout, l'exercice 2025 avait vu 346,7 M$ levés via un programme At-The-Market et 35 M$ via un placement privé Quanta. L'accord CHIPS prévoit explicitement que « le Département recevra une participation minoritaire non contrôlante au capital de Rigetti » en contrepartie des fonds ; le communiqué du 8 septembre liste d'ailleurs comme premier facteur de risque « l'émission de titres par la Société au Département (y compris la dilution pour les actionnaires existants) ». Le gouvernement fédéral prend donc une participation dans trois sociétés quantiques cotées, ce que la presse spécialisée a relevé comme un précédent notable.
Enquêtes de cabinets d'avocats en class action. Le cabinet Rosen Law Firm a annoncé une enquête pour d'éventuelles réclamations en valeurs mobilières au nom des actionnaires de Rigetti, à la suite de la chute de 45 % du titre le 8 janvier 2025 (déclaration du PDG de Nvidia Jensen Huang selon laquelle les ordinateurs quantiques « vraiment utiles » seraient à ~20 ans). Le cabinet Levi & Korsinsky a également ouvert un formulaire de dépôt. Il s'agit à ce stade d'enquêtes/procédures sectorielles liées à la volatilité du titre, sans provision comptabilisée identifiée dans les comptes semestriels ; l'issue et la matérialité financière restent indéterminées.
Passif de bons de souscription dérivés à 78,4 M$. Les derivative warrant liabilities (102,6 M$ au 31/12/2025) ont été reclassées en passif courant à hauteur de 78,4 M$ au 30/06/2026, faisant bondir le total du passif courant de 12,15 M$ à 105,06 M$. Ce n'est pas une dette financière (le règlement se fait en actions), mais cela crée une volatilité comptable massive : la seule variation de juste valeur de ces instruments a coûté 29,6 M$ au T2 2026, transformant une perte d'exploitation de 28,1 M$ en une perte nette GAAP de 52,6 M$.
Concurrence. Rigetti affronte IBM et Google sur les supraconducteurs (avec des moyens sans commune mesure), IonQ et Quantinuum sur les ions piégés, QuEra et Atom Computing sur les atomes neutres, D-Wave sur le recuit quantique. Un analyste de Benchmark estime l'ensemble du secteur quantique à environ 1,5 Md$ de revenus en 2026, soit un marché adressable encore minuscule à se partager.
| En milliers USD | T2 2026 | T2 2025 | 6M 2026 | 6M 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 5 138 | 1 801 | 9 538 | 3 273 |
| Coût des ventes | 2 950 | 1 235 | 5 972 | 2 265 |
| Marge brute | 2 188 (42,6 %) | 566 (31,4 %) | 3 566 (37,4 %) | 1 008 (30,8 %) |
| R&D | 20 728 | 13 522 | 40 685 | 28 977 |
| Frais commerciaux & administratifs | 9 522 | 6 926 | 16 894 | 13 545 |
| Perte d'exploitation | (28 062) | (19 882) | (54 013) | (41 514) |
| Produits financiers (intérêts) | 5 058 | 3 042 | 10 421 | 5 194 |
| Variation de juste valeur des warrants | (29 602) | (20 557) | 24 095 | 32 705 |
| Résultat net GAAP | (52 606) | (39 654) | (19 497) | 2 965 |
| Perte nette non-GAAP | (15 984) | (13 286) | (30 682) | (28 592) |
| BPA dilué GAAP | (0,16 $) | (0,13 $) | (0,13 $) | (0,00 $) |
| Nombre moyen d'actions (milliers) | 333 215 | 298 254 | 332 640 | 291 514 |
Lecture. Il faut regarder la perte non-GAAP (15,98 M$ au T2, 30,68 M$ sur 6 mois) pour apprécier la réalité économique : la perte nette GAAP est dominée par des éléments non monétaires (rémunération en actions 7,02 M$ au T2, variation de juste valeur des warrants 29,60 M$). Le bénéfice net positif de 2,97 M$ affiché sur le 1er semestre 2025 était lui aussi un artefact comptable, issu d'une réévaluation favorable des warrants.
Point notable : les produits d'intérêts de 10,4 M$ sur 6 mois — générés par les 541 M$ de trésorerie — dépassent le chiffre d'affaires de l'entreprise (9,5 M$). Rigetti gagne aujourd'hui plus d'argent en plaçant sa trésorerie qu'en vendant des ordinateurs quantiques.
| En milliers USD | 30/06/2026 | 31/12/2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Trésorerie et équivalents | 27 763 | 44 851 | -17 088 |
| Placements court terme (AFS) | 365 946 | 398 660 | -32 714 |
| Placements long terme (AFS) | 147 586 | 146 321 | +1 265 |
| Total trésorerie + placements | 541 295 | 589 832 | -48 537 |
| Immobilisations corporelles nettes | 75 302 | 57 051 | +18 251 |
| Total actif | 648 233 | 666 574 | -18 341 |
| Fournisseurs | 14 001 | 3 488 | +10 513 |
| Passif warrants dérivés (courant) | 78 407 | 0 | reclassement |
| Passif warrants dérivés (non courant) | 0 | 102 593 | reclassement |
| Dette financière | 0 | 0 | — |
| Total passif | 110 799 | 120 375 | -9 576 |
| Déficit accumulé | (790 454) | (770 957) | -19 497 |
| Capitaux propres | 537 434 | 546 199 | -8 765 |
Un bilan exceptionnellement sain pour une société de ce profil. Aucune dette financière, 541,3 M$ d'actifs liquides, 537,4 M$ de capitaux propres. Le total du passif (110,8 M$) est constitué à 71 % du passif warrants, réglable en actions et non en numéraire. Les engagements réellement exigibles en cash à court terme (fournisseurs, charges à payer, loyers, revenus différés) représentent environ 26,7 M$, soit moins de 5 % de la trésorerie disponible.
Un point d'attention : la hausse des dettes fournisseurs de 3,5 M$ à 14,0 M$, dont 10,1 M$ correspondent à des acquisitions d'immobilisations enregistrées en dettes fournisseurs (contre 0,4 M$ un an plus tôt). Ce n'est pas un signe de tension de trésorerie mais le reflet de l'accélération des investissements en capacité cryogénique et de fabrication.
| En milliers USD | 6M 2026 | 6M 2025 |
|---|---|---|
| Flux de trésorerie d'exploitation | (31 993) | (29 820) |
| dont dotations aux amortissements | 5 484 | 3 723 |
| dont rémunération en actions | 12 910 | 7 728 |
| Acquisitions d'immobilisations (capex) | (16 404) | (8 214) |
| Flux d'investissement nets (dont mouvements de placements) | 14 991 | (369 732) |
| Flux de financement | 479 | 389 095 |
| dont produits ATM | 0 | 346 719 |
| Variation nette de la trésorerie | (17 088) | (10 491) |
| Indicateur | Valeur | Appréciation |
|---|---|---|
| Capitalisation boursière | ~5,06 Md$ | — |
| Chiffre d'affaires 12 mois glissants | 13,35 M$ (+68,5 %) | Ratio cours/ventes ≈ 380× |
| Chiffre d'affaires 2025 (exercice complet) | 7,09 M$ (-34,3 %) | Le CA avait reculé en 2025 avant de rebondir en 2026 |
| Résultat net 12 mois glissants | -238,67 M$ | BPA -0,80 $ |
| Capitaux propres | 537,4 M$ | La capitalisation vaut ~9,4× les fonds propres, soit ~4,5 Md$ de survaleur |
| Actions en circulation | 333,77 M | +11,9 % en 12 mois (298,3 M en moyenne au T2 2025) |
| Bêta | 2,01 | Volatilité double du marché |
| Consensus analystes (13) | Achat — objectif 28,81 $ | +90 % de potentiel théorique, à prendre avec prudence sur ce type de dossier |
Mon avis sur la progression en valeur. Il faut distinguer deux questions qui sont souvent confondues sur ce dossier.
La société progresse-t-elle ? Oui, clairement. Les revenus triplent, la marge brute gagne 11 points, un système de 108 qubits est commercialement disponible, l'État fédéral engage 100 M$ et devient actionnaire, l'organisation se professionnalise avec un COO et un CTO. Sur la seule trajectoire opérationnelle, les 12 derniers mois sont les meilleurs de l'histoire de l'entreprise.
Le cours peut-il monter sur 2-3 ans ? C'est beaucoup plus incertain. À 380× les ventes, le cours actuel intègre déjà un scénario de succès technologique quasi total. Pour que le titre progresse durablement, il ne suffit pas que Rigetti réussisse : il faut qu'il réussisse plus vite et mieux que ce qui est déjà anticipé. Trois catalyseurs positifs identifiables : (1) l'atteinte publique et vérifiée du jalon 336 qubits, (2) une percée documentée sur le temps de cohérence (le facteur 2-3 évoqué par le PDG), (3) l'entrée dans le Stage B du programme DARPA QBI. Trois risques symétriques : (1) un glissement de la feuille de route — le langage du dernier communiqué est déjà plus prudent que les jalons historiquement communiqués, (2) une nouvelle dilution massive (l'ATM de 2025 a levé 346,7 M$ ; la participation de l'État s'y ajoute), (3) un retournement du sentiment sur le secteur quantique, comme en janvier 2025 (-45 % en une séance sur une simple déclaration de Jensen Huang) ou le 1er septembre 2026 (baisse sectorielle sur la hausse des taux longs).
Le profil rendement/risque est donc celui d'une option longue sur une technologie : perte limitée par un bilan solide qui écarte le scénario de faillite, gain potentiellement élevé mais conditionné à des jalons techniques dont le calendrier échappe largement au contrôle de la direction — le PDG lui-même identifie le temps de cohérence comme le verrou, un problème de physique des matériaux, pas d'ingénierie ou de financement.
| Critère | Pondération | Note | Justification |
|---|---|---|---|
| Risque de faillite | Fort | 9,0/10 | 541,3 M$ de liquidités, zéro dette, ~5,6 ans d'autonomie, +100 M$ CHIPS sécurisés |
| Croissance du chiffre d'affaires | Moyen | 7,5/10 | +185 % au T2, +191 % sur 6 mois, marge brute 43 % — mais sur une base minuscule et volatile |
| Position technologique | Fort | 6,5/10 | 3e acteur mondial >100 qubits à portes logiques ; mais fidélité 2 qubits (99,1 %) sous l'objectif et absence du Stage B DARPA |
| Soutien institutionnel | Moyen | 8,0/10 | Accord définitif 100 M$ du Département du Commerce, NSF, NQCC, C-DAC, partenariat HPE |
| Valorisation | Fort | 2,5/10 | ~380× les ventes, 9,4× les capitaux propres, -74 % depuis le plus haut sans plancher de valorisation identifiable |
| Dilution | Moyen | 3,5/10 | +11,9 % d'actions en 12 mois, ATM de 346,7 M$ en 2025, participation de l'État à venir, 78,4 M$ de warrants |
| Qualité de l'exécution | Moyen | 6,5/10 | Livraisons de systèmes en cours, nouvelle organisation dédiée, mais langage de feuille de route moins précis qu'auparavant |
Justification de la note de 6,0/10 (inchangée par rapport au 25 août 2026). La note reste au-dessus de la moyenne parce que le risque de faillite est parmi les plus faibles de l'univers analysé : une société sans aucune dette, avec plus d'un demi-milliard de dollars de liquidités, une consommation de trésorerie annuelle inférieure à 100 M$ et un partenaire d'État qui vient d'engager 100 M$ supplémentaires ne fait pas faillite sur un horizon de 2-3 ans, sauf accident majeur. Deux évolutions favorables depuis le dernier rapport : la transformation de la lettre d'intention CHIPS en accord définitif signé, et la baisse du cours qui améliore mécaniquement le point d'entrée.
La note ne dépasse pas 6,0 pour trois raisons. D'abord, la valorisation : à 380 fois les ventes, la moindre déception sur la feuille de route se traduit par une correction de plusieurs dizaines de pour cent, comme l'a montré la chute de 74 % depuis le plus haut annuel. Ensuite, l'absence de Rigetti dans la liste des sociétés promues en Stage B du programme DARPA QBI, alors que son concurrent direct IBM y figure — signal à surveiller, même si la DARPA laisse la porte ouverte à des promotions ultérieures. Enfin, la dilution, qui est devenue le mode de financement structurel de l'entreprise et qui va se poursuivre avec l'entrée de l'État au capital.
En synthèse : solidité financière remarquable, trajectoire opérationnelle en nette amélioration, valorisation qui laisse peu de marge d'erreur. Un dossier à considérer en position limitée dans une logique d'exposition thématique au quantique, avec une tolérance élevée à la volatilité.