Informatique quantique « full-stack » à base de qubits supraconducteurs — architecture modulaire par chiplets, systèmes sur site (9 à 108 qubits) et accès cloud
Rapport généré le 25 août 2026 — Devise : USD — Siège : Berkeley, Californie (États-Unis) — 164 salariés
6.0
Note / 10
Bilan très solide, valorisation toujours extrême, momentum sectoriel négatif. Rigetti dispose de 541,3 M USD de trésorerie et placements au 30/06/2026, zéro dette financière et une consommation de cash d'environ 97 M USD par an : le risque de faillite à 2–3 ans est très faible (autonomie de l'ordre de 5,5 ans). Le chiffre d'affaires accélère (+185 % au T2 2026) et le soutien public américain se matérialise (LOI jusqu'à 100 M USD du Department of Commerce). Mais le titre a perdu environ 9 % depuis notre rapport du 10 août dans une correction sectorielle généralisée, la société capitalise encore 5,46 Md USD pour 13,35 M USD de revenus sur 12 mois glissants (≈ 409× les ventes), et la réorganisation de la direction du 19 août a été mal accueillie (−5 à −7 % sur la séance). Note inchangée à 6,0 : la survie est quasi acquise, la hausse du cours ne l'est pas.
16,37 $
Cours au 24/08/2026 (−8,6 % ce jour)
5,46 Md$
Capitalisation boursière
13,35 M$
CA 12 mois glissants (+68,5 %)
541,3 M$
Trésorerie + placements (30/06/26)
0 $
Dette financière
-238,7 M$
Résultat net GAAP 12 mois glissants
333,8 M
Actions en circulation
≈ 409×
Capi. / CA (12 mois glissants)*
* Calcul dérivé : 5,46 Md USD de capitalisation ÷ 13,35 M USD de CA sur 12 mois glissants (données StockAnalysis au 24/08/2026). Il s'agit d'un ratio calculé, non d'une donnée publiée par la société. En valeur d'entreprise (capitalisation moins trésorerie et placements ≈ 4,92 Md USD), le multiple ressort à ≈ 368× les ventes.
Ce qui a changé depuis le rapport précédent (10 août 2026). Trois évolutions, toutes hors résultats : (1) une réorganisation de la direction annoncée le 19 août (création d'un poste de Directeur des opérations et d'une organisation « Systems Delivery » dédiée) ; (2) une correction sectorielle marquée sur l'ensemble des valeurs quantiques cotées, sans catalyseur propre à Rigetti ; (3) la publication de données sur les ventes d'initiés du secteur. Aucune donnée financière trimestrielle nouvelle : le T2 2026 publié le 6 août reste le dernier point de référence.
1. Ce que fait l'entreprise
Rigetti Computing est un pionnier de l'informatique quantique full-stack : la société conçoit, fabrique et exploite ses propres processeurs quantiques (QPU), l'électronique de contrôle, l'infrastructure cryogénique et la couche logicielle qui les pilote. Contrairement à la plupart de ses concurrents cotés, Rigetti possède sa propre fonderie de puces supraconductrices (Fremont, Californie), ce qui lui donne la maîtrise du cycle de conception-fabrication. Fondée en 2013, la société emploie environ 164 personnes.
Technologie
Qubits supraconducteurs. Rigetti met en avant la maturité de cette modalité, sa voie de passage à l'échelle et sa vitesse : les portes logiques s'exécutent en 50 à 70 nanosecondes, soit d'après la société environ 10 000 fois plus vite que les systèmes à ions piégés et 100 fois plus vite que les systèmes à atomes neutres.
Architecture modulaire par « chiplets ». Plutôt que de graver une puce monolithique géante (dont le rendement de fabrication s'effondre avec la taille), Rigetti assemble des tuiles de 9 qubits. Le système Cepheus-1-108Q est constitué de douze chiplets de 9 qubits interconnectés. C'est le cœur de la thèse industrielle de la société : passer à l'échelle par la modularité plutôt que par la taille de puce.
Performances actuelles (T2 2026). Sur Cepheus-1-108Q : ~99,9 % de fidélité médiane sur portes à 1 qubit, ~99,1 % de fidélité médiane sur portes à 2 qubits, vitesse de porte ~60 ns.
Modèle économique — trois sources de revenus
Vente de systèmes sur site (« on-premises ») — c'est aujourd'hui le principal moteur de croissance. Gamme de 9 à 108 qubits : le QPU Novera (9 qubits, destiné aux laboratoires disposant déjà de leur cryogénie et de leur électronique) et les systèmes complets Cepheus (36 à 108 qubits). Clients : laboratoires nationaux, universités, centres quantiques nationaux.
Accès cloud via la plateforme Rigetti Quantum Cloud Services (QCS) et via Amazon Braket.
Contrats de R&D gouvernementaux (défense, agences fédérales américaines et britanniques).
NOUVEAUStructure opérationnelle revue (19 août 2026)
Rigetti a créé une organisation « Systems Delivery » dédiée, séparant l'installation et le support client de la feuille de route d'ingénierie. Jusqu'ici, ces activités étaient portées par l'organisation d'ingénierie elle-même. Deux nominations, effectives au 18 août :
David Rivas, Directeur technique depuis février 2023, devient Directeur des opérations (COO) — poste nouvellement créé. Périmètre : opérations de fabrication, livraison des systèmes, ingénierie logicielle, applications, développement commercial, programmes gouvernementaux, chaîne d'approvisionnement et installations.
Andrew Bestwick, Ph.D., jusqu'ici Vice-Président senior Quantum Systems et architecte des systèmes multi-puces Cepheus, devient Directeur technique (CTO). Périmètre : développement des processeurs quantiques, développement de la fabrication des puces, ingénierie matérielle.
Les deux dirigeants reportent au PDG Subodh Kulkarni. L'organisation technologique reste, selon la société, la plus importante organisation d'ingénierie du groupe.
Le point clé à comprendre pour l'investisseur. Rigetti n'est pas encore une entreprise commerciale au sens classique : elle vend principalement des instruments de recherche à des laboratoires publics. Aucun client ne l'utilise aujourd'hui pour résoudre un problème industriel qu'un ordinateur classique ne saurait traiter. La totalité de la valorisation repose sur l'anticipation d'un « avantage quantique » que la direction situe à environ trois ans.
2. Les 12 derniers mois — avancées, risques et controverses
◆ Éléments positifs
Retournement complet de la trajectoire de chiffre d'affaires. Après un exercice 2025 en recul (7,09 M USD, −34,3 % sur un an), le CA repart violemment : 4,40 M USD au T1 2026 (+193 % a/a), puis 5,14 M USD au T2 2026 (+185 % a/a). Sur le semestre : 9,54 M USD contre 3,27 M USD un an plus tôt. Sur 12 mois glissants, le CA atteint 13,35 M USD (+68,5 %).
Disponibilité générale du système 108 qubits (7 avril 2026). Cepheus-1-108Q, le plus grand système quantique modulaire de l'industrie selon Rigetti, est accessible via QCS et Amazon Braket. Il triple le nombre de qubits et de chiplets par rapport au Cepheus-1-36Q.
Lettre d'intention avec le U.S. Department of Commerce (21 mai 2026) : jusqu'à 100 M USD, au titre du programme CHIPS R&D. Rigetti fait partie des neuf entreprises retenues dans une enveloppe fédérale globale d'environ 2,013 Md USD destinée à la filière quantique américaine.
Commande de 8,4 M USD du C-DAC (Inde) pour un système supraconducteur 108 qubits — la plus grosse commande unitaire de l'histoire de la société, dont la reconnaissance en revenus est attendue au T4 2026 après installation et tests d'acceptation.
Écosystème HPC hybride : partenariat élargi avec HPE et le Pittsburgh Supercomputing Center (27 juillet 2026). Rigetti livrera un système Novera 9 qubits au nouveau banc d'essai TangleLab du PSC, financé par une subvention de 5 M USD de la National Science Foundation.
Amélioration réelle de la marge brute. 42,6 % au T2 2026 (2,19 M USD de marge brute sur 5,14 M USD de CA) contre 31,4 % un an plus tôt — signe que les systèmes vendus commencent à couvrir leurs coûts directs.
Contrats de défense. Contrat de 5,8 M USD de l'Air Force Research Laboratory (avec QphoX) sur le réseau quantique supraconducteur ; dotation de 5,48 M USD de l'Air Force Office of Scientific Research sur le procédé de fabrication propriétaire ABAA (Alternating-Bias Assisted Annealing).
Expansion internationale. Plan d'investissement pouvant atteindre 100 M USD au Royaume-Uni sur plusieurs années, adossé au système 36 qubits déjà déployé au National Quantum Computing Centre britannique. Partenariat stratégique avec Quanta Computer (Fortune Global 500 taïwanais), chacun s'étant engagé à investir plus de 100 M USD sur cinq ans, complété par une prise de participation de 35 M USD de Quanta au capital.
NOUVEAUProfessionnalisation de la livraison client. La création de l'organisation Systems Delivery et du poste de COO est, sur le fond, une réponse logique à un problème de croissance : le passage d'une logique de laboratoire à une logique d'industriel qui installe et maintient des machines chez ses clients. C'est cohérent avec la montée en puissance des ventes de systèmes sur site et cela libère l'ingénierie pour la feuille de route processeur (objectif 99,5 % de fidélité à 2 qubits).
Couverture analystes toujours favorable. Consensus « Achat » sur 13 analystes, objectif de cours moyen de 28,81 USD au 24/08/2026, soit environ +76 % par rapport au cours. Benchmark a initié le suivi début août avec un objectif de 25 USD, et projette un chiffre d'affaires d'environ 1,5 Md USD pour l'ensemble de l'industrie quantique en 2026.
◆ Éléments négatifs et risques
NOUVEAUCorrection sectorielle sévère et sans catalyseur propre. Le 24 août 2026, RGTI a cédé 8,60 % à 16,37 USD, IonQ 8,47 % et D-Wave 8,39 % — sans annonce de résultats, révision de guidance, action d'analyste ni nouveau contrat. Le 20 août, mouvement similaire (RGTI −7 %, IonQ −6 %, D-Wave −4 %). Les commentateurs sectoriels attribuent ces séances à une rotation hors des valeurs technologiques non rentables à duration longue, dans un contexte de rendements du Trésor américain autour de 4,71 %. Le titre affichait environ −19 % depuis le 1er janvier au 21 août, et davantage après la séance du 24.
Valorisation toujours déconnectée des fondamentaux. 5,46 Md USD de capitalisation pour 13,35 M USD de revenus sur 12 mois glissants, soit ≈ 409× les ventes (calcul dérivé). Une société technologique en hypercroissance se traite généralement entre 10× et 30× ses ventes. Le multiple s'est détendu par rapport aux ~440× de notre rapport du 10 août, mais uniquement du fait de la baisse du cours, pas d'une amélioration des revenus.
NOUVEAULecture négative du marché sur la réorganisation. Le titre a reculé de 5 à 7 % à l'annonce du 19–20 août. Deux lectures possibles et non exclusives : soit le marché lit une reconnaissance implicite que le déploiement client était jusqu'ici mal maîtrisé, soit il s'inquiète du changement de rôle du CTO historique. Point de vigilance : David Rivas a piloté la technologie depuis février 2023 ; son transfert vers l'opérationnel confie la feuille de route processeur à un dirigeant qui, quoique architecte des systèmes Cepheus, n'a jamais occupé la fonction de CTO.
NOUVEAUVentes d'initiés massives au niveau du secteur, achats d'initiés nuls chez Rigetti. Sur trois ans glissants, les ventes nettes d'initiés atteignent 74 M USD chez Rigetti (457,2 M USD chez IonQ, 331,3 M USD chez D-Wave, soit près de 863 M USD cumulés). Sur la même période, les achats d'initiés chez Rigetti s'élèvent à 0 USD. Une part importante de ces cessions relève de plans 10b5-1 et de couverture fiscale sur actions gratuites, ce qui en atténue la portée ; l'absence totale d'achat reste néanmoins un signal à ne pas ignorer.
Pertes qui s'aggravent en valeur absolue. La perte d'exploitation passe de 19,9 M USD (T2 2025) à 28,1 M USD (T2 2026), la R&D bondissant de 13,5 à 20,7 M USD. Sur 12 mois glissants, la perte nette GAAP atteint 238,7 M USD pour 13,35 M USD de revenus.
Dilution structurelle. Historique lourd : 350 M USD levés via un programme ATM en 2025, plus 35 M USD auprès de Quanta. Le nombre d'actions est passé de ~298 M (moyenne pondérée T2 2025) à 333,8 M. Surtout, la LOI avec le Department of Commerce prévoit l'émission d'actions nouvelles au plus bas de trois cours de clôture, avec une décote de 15 % : le financement public sera payé par les actionnaires existants — et d'autant plus dilutif que le cours est bas.
78,4 M USD de passifs de warrants dérivés reclassés en passifs courants au 30/06/2026 (contre 102,6 M USD en non courant fin 2025). Ces instruments ne sont pas une dette à rembourser en cash, mais leur exercice est dilutif et leur réévaluation trimestrielle rend le résultat net GAAP très volatil.
Volatilité extrême du résultat comptable. Le résultat net GAAP du S1 2026 (−19,5 M USD) intègre un gain non monétaire de 24,1 M USD sur la réévaluation des warrants, tandis que le T2 seul (−52,6 M USD) intègre une charge non monétaire de 29,6 M USD. Le résultat GAAP n'est pas un indicateur exploitable ici ; il faut raisonner en perte d'exploitation et en flux de trésorerie.
DARPA Quantum Benchmarking Initiative. Rigetti a participé à l'étape A mais ne figure pas parmi les onze équipes annoncées pour l'étape B. La DARPA a précisé que des équipes supplémentaires pourraient être ajoutées ultérieurement, une fois leurs contrats finalisés ; à ce jour, Rigetti n'y figure pas. Le programme sert de référence de crédibilité technique dans le secteur.
Glissement de la feuille de route. L'objectif de 99,5 % de fidélité à 2 qubits, initialement annoncé pour fin 2025, est désormais visé « plus tard en 2026 », le système étant à 99,1 %. L'écart entre 99,1 % et l'objectif de long terme de 99,9 % représente une division par neuf du taux d'erreur.
Enquêtes de cabinets d'avocats pour fraude en valeurs mobilières (Rosen Law Firm, Levi & Korsinsky), consécutives à la chute de plus de 45 % du titre le 8 janvier 2025. Le risque juridique reste ouvert.
NOUVEAUConcurrence : IonQ s'industrialise par acquisition. IonQ a acquis une fonderie de puces pour 1,8 Md USD (annonce commentée le 16 août 2026), soit un montant supérieur au tiers de la capitalisation totale de Rigetti. L'avantage compétitif que constituait la fonderie propriétaire de Rigetti (Fremont) devient moins exclusif. Au-delà, IBM, Google et Microsoft mènent la course avec des bilans sans commune mesure.
Volatilité intrinsèque du titre. Bêta de 2,02 ; amplitude de cours sur 52 semaines de 12,53 à 58,15 USD — le cours actuel se situe environ 72 % sous son plus haut annuel et 31 % au-dessus de son plus bas.
3. Ce que l'entreprise compte faire à court et moyen terme
Court terme (S2 2026 – 2027)
Convertir le carnet de commandes en revenus. Livraison et reconnaissance du système 108 qubits pour le C-DAC en Inde (8,4 M USD, attendu au T4 2026 après installation et acceptation) ; livraison du Novera 9 qubits au banc d'essai TangleLab du Pittsburgh Supercomputing Center ; poursuite des livraisons Novera aux universités et laboratoires nationaux.
NOUVEAUMonter en puissance l'organisation Systems Delivery. Objectif affiché : donner aux équipes commerciales et opérationnelles une responsabilité de bout en bout sur le déploiement et le support des systèmes, et absorber la croissance des installations sur site sans détourner l'ingénierie de la feuille de route processeur.
Porter la fidélité à 2 qubits du Cepheus-1-108Q à 99,5 % d'ici la fin 2026. La direction identifie le temps de cohérence comme le facteur limitant et travaille sur la conception de puce, la fabrication, les matériaux et les procédés.
Finaliser les accords définitifs avec le Department of Commerce. À ce stade, seules les parties se sont engagées à négocier : le versement des fonds et l'émission d'actions restent conditionnés à la signature des contrats définitifs.
Augmenter la capacité en réfrigération à dilution et l'infrastructure associée, prérequis physique pour héberger des systèmes à plus grand nombre de qubits.
Moyen terme (2027 – 2029)
Objectif central : ~1 000 qubits, ~99,9 % de fidélité à 2 qubits et vitesse de porte sous 50 ns, sur un horizon d'environ trois ans. C'est le seuil que la direction associe à l'« avantage quantique », avec une forme d'atténuation d'erreurs avant la tolérance aux pannes complète.
Déploiement du plan britannique pouvant atteindre 100 M USD (systèmes physiques, talents, installations), en s'appuyant sur la présence existante au National Quantum Computing Centre.
Industrialisation avec Quanta Computer : chaque partenaire investit plus de 100 M USD sur cinq ans, Rigetti apportant la technologie quantique et Quanta son savoir-faire de fabrication de serveurs à grande échelle.
Positionnement HPC hybride : intégration des QPU Rigetti dans des supercalculateurs classiques, en partenariat avec HPE — c'est le chemin commercial le plus crédible à court terme, avant l'avantage quantique pur.
4. Analyse financière — solidité, trésorerie et risque de faillite
Aucune publication financière nouvelle depuis le rapport du 10 août 2026. Les données ci-dessous proviennent du formulaire 10-Q pour le trimestre clos le 30 juin 2026 (déposé le 6 août 2026), complétées par les agrégats sur 12 mois glissants au 24 août 2026. La prochaine publication trimestrielle (T3 2026) est attendue en novembre 2026.
Compte de résultat
En milliers USD
T2 2026
T2 2025
S1 2026
S1 2025
Chiffre d'affaires
5 138
1 801
9 538
3 273
Coût des ventes
2 950
1 235
5 972
2 265
Marge brute
2 188
566
3 566
1 008
Taux de marge brute
42,6 %
31,4 %
37,4 %
30,8 %
Recherche & développement
20 728
13 522
40 685
28 977
Frais commerciaux, généraux et administratifs
9 522
6 926
16 894
13 545
Total charges d'exploitation
30 250
20 448
57 579
42 522
Résultat d'exploitation
-28 062
-19 882
-54 013
-41 514
Produits financiers (intérêts)
5 058
3 042
10 421
5 194
Réévaluation des warrants (non monétaire)
-29 602
-20 557
+24 095
+32 705
Résultat net GAAP
-52 606
-39 654
-19 497
+2 965
Résultat par action (dilué)
-0,16 $
-0,13 $
-0,13 $
0,00 $
Perte nette non-GAAP (T2 2026)
-16 000
—
—
—
Lecture critique. La croissance du chiffre d'affaires est spectaculaire en pourcentage mais dérisoire en valeur absolue : +3,3 M USD sur le trimestre, contre +9,8 M USD de charges d'exploitation supplémentaires. Rigetti dépense environ 5,9 dollars de charges d'exploitation pour chaque dollar de revenu. Sur 12 mois glissants, le résultat net GAAP ressort à −238,7 M USD (BPA −0,80 USD) pour 13,35 M USD de revenus. Ce n'est pas anormal pour une entreprise de recherche financée par capitaux propres, mais cela signifie que la rentabilité n'est pas un sujet avant plusieurs années.
Bilan au 30 juin 2026
En milliers USD
30/06/2026
31/12/2025
Variation
Trésorerie et équivalents
27 763
44 851
-17 088
Placements disponibles à la vente — court terme
365 946
398 660
-32 714
Placements disponibles à la vente — long terme
147 586
146 321
+1 265
Total trésorerie + placements
541 295
589 832
-48 537
Créances clients
3 865
2 551
+1 314
Immobilisations corporelles nettes
75 302
57 051
+18 251
Total actif
648 233
666 574
-18 341
Fournisseurs
14 001
3 488
+10 513
Passifs de warrants dérivés (courants en 2026)
78 407
102 593
-24 186
Total passifs courants
105 057
12 152
+92 905*
Total passif
110 799
120 375
-9 576
Dette financière (emprunts)
0
0
—
Capitaux propres
537 434
546 199
-8 765
Déficit cumulé
-790 454
-770 957
-19 497
Actions en circulation (milliers)
333 677
331 283
+0,7 %
* La forte hausse des passifs courants s'explique presque intégralement par le reclassement des passifs de warrants dérivés du non-courant vers le courant (78,4 M USD). Il ne s'agit pas d'une dette exigible en trésorerie mais d'un instrument réglé en actions.
Trésorerie et consommation de cash (S1 2026)
En milliers USD
S1 2026
S1 2025
Flux de trésorerie d'exploitation
-31 993
-29 820
Investissements (achats d'immobilisations)
-16 404
-8 214
Flux d'investissement net (incl. arbitrages de placements)
+14 991
-369 732
Flux de financement net
+479
+389 095
dont produits de l'offre ATM
0
+346 719
dont placement privé Quanta
0
+35 000
Amortissements
5 484
3 723
Rémunération en actions (non monétaire)
12 910
7 728
Autonomie financière. Consommation réelle sur le semestre : 32,0 M USD d'exploitation + 16,4 M USD d'investissement = 48,4 M USD, soit un rythme annualisé d'environ 97 M USD. Rapporté aux 541,3 M USD de trésorerie et placements, cela représente une autonomie de l'ordre de 5,5 ans à rythme constant, et encore plus de 4 ans en supposant une accélération significative des dépenses. À cela s'ajoutent ~10,4 M USD de produits d'intérêts semestriels générés par le portefeuille de placements, qui financent à eux seuls près d'un tiers de la consommation opérationnelle.
Ce que représente la trésorerie dans le cours de bourse
Indicateur (calcul dérivé au 24/08/2026)
Valeur
Cours de clôture
16,37 $
Capitalisation boursière
5,46 Md$
Trésorerie + placements par action (541,3 M$ ÷ 333,8 M actions)
≈ 1,62 $
Part de la trésorerie dans le cours
≈ 9,9 %
Valeur d'entreprise (capitalisation − trésorerie)
≈ 4,92 Md$
VE / CA 12 mois glissants
≈ 368×
Capitalisation / CA 12 mois glissants
≈ 409×
Objectif de cours moyen des analystes (13 analystes)
28,81 $
Ratios calculés à partir des données publiées (10-Q du 30/06/2026 et données de marché StockAnalysis au 24/08/2026). Il ne s'agit pas de données publiées par la société.
Progression en valeur et risque de faillite — mon avis
La société progresse-t-elle en valeur ?
Oui, opérationnellement — mais lentement au regard du prix payé.
Le CA a presque triplé sur un an et la marge brute s'améliore de 11 points : la commercialisation des systèmes fonctionne réellement.
Les immobilisations corporelles progressent de 57 à 75 M USD : Rigetti construit un vrai outil industriel (fonderie, cryogénie), qui constitue une barrière à l'entrée tangible.
Le soutien de l'État fédéral américain, du gouvernement britannique, de l'Inde (C-DAC) et de Quanta valide l'approche technologique.
La création d'une organisation de livraison dédiée est un marqueur de maturation opérationnelle, même si le marché l'a lue négativement.
Mais : à ~409× les ventes, le marché price toujours un scénario de succès quasi total. La création de valeur opérationnelle des 12 derniers mois (+5,4 M USD de CA) est sans commune mesure avec les milliards de capitalisation.
Risque de faillite
Très faible sur 2–3 ans. Quasi nul à court terme.
Zéro dette financière : aucun covenant, aucune échéance de remboursement, aucun créancier susceptible de déclencher une procédure.
541,3 M USD d'actifs liquides contre 110,8 M USD de passif total, dont 78,4 M USD réglables en actions et non en cash.
Ratio de liquidité générale de ~3,9× (414,4 M USD d'actifs courants / 105,1 M USD de passifs courants) — et de ~15,5× si l'on neutralise les warrants.
Le portefeuille de placements génère ~20 M USD d'intérêts annualisés, soit un cinquième du burn.
Le vrai risque n'est pas la faillite mais la dilution : le cours ayant baissé, l'émission d'actions prévue au titre de la LOI fédérale (au plus bas de trois clôtures, décote 15 %) devient mécaniquement plus dilutive.
Le scénario baissier à surveiller. Rigetti ne fera pas faillite ; en revanche, le titre peut perdre encore 50 à 70 % sans que la société soit en danger existentiel — le plancher théorique de la trésorerie n'est que de ~1,62 USD par action. Les déclencheurs plausibles : poursuite de la rotation hors des actifs à duration longue (rendements du Trésor autour de 4,71 %), nouveau glissement de la feuille de route de fidélité, exclusion définitive de la DARPA QBI, percée d'un concurrent mieux capitalisé (IonQ vient de payer 1,8 Md USD pour une fonderie), ou reprise du programme ATM à grande échelle. Rappel historique : le titre a déjà chuté de plus de 45 % en une séance en janvier 2025 sur une simple déclaration du PDG de NVIDIA, et évolue aujourd'hui environ 72 % sous son plus haut des 52 dernières semaines.
5. Note globale
6.0
Note / 10
Horizon 2–3 ans. Note inchangée par rapport au 10 août 2026. Deux forces contraires se sont neutralisées depuis le rapport précédent : la baisse du cours de ~9 % améliore marginalement le point d'entrée (409× les ventes contre ~440×), mais le momentum sectoriel s'est nettement dégradé, la réorganisation de la direction a été mal reçue, et l'absence totale d'achats d'initiés sur trois ans reste un signal défavorable. Le profil demeure fortement asymétrique : la probabilité de faillite est parmi les plus faibles du secteur quantique coté, mais la probabilité que le cours soit significativement plus haut dans trois ans reste incertaine compte tenu du point de départ de valorisation.
Critère
Note
Commentaire
vs 10/08
Solidité financière / risque de faillite
9,0
541 M USD d'actifs liquides, aucune dette, ~5,5 ans d'autonomie, intérêts couvrant un tiers du burn.
=
Dynamique commerciale
6,5
CA multiplié par ~2,9 en un an, marge brute en nette amélioration, carnet réel (C-DAC, Novera, PSC) — mais base minuscule.
=
Position technologique et différenciation
6,5
Fonderie propriétaire, architecture chiplets crédible, vitesse de porte supérieure. Fidélité à 2 qubits encore à 99,1 % vs 99,9 % nécessaire. Révision en baisse : l'acquisition d'une fonderie par IonQ pour 1,8 Md USD érode l'exclusivité de cet avantage.
−0,5
Soutien institutionnel et partenariats
8,0
Department of Commerce (jusqu'à 100 M USD sur une enveloppe fédérale de 2,013 Md USD), AFRL, AFOSR, NQCC britannique, C-DAC, HPE, NSF/PSC, Quanta.
=
Valorisation / potentiel de hausse
3,0
≈ 409× les ventes après une baisse de ~9 % du cours. Objectif moyen des analystes 28,81 USD (+76 %) mais Jefferies à 18 USD (« Conserver »). Marge de sécurité toujours très faible. Révision en hausse : point d'entrée légèrement moins défavorable.
+0,5
Risque de dilution
3,0
ATM, warrants (78,4 M USD), émission fédérale avec décote de 15 % — d'autant plus dilutive que le cours baisse, rémunération en actions de 12,9 M USD sur le semestre.
=
Gouvernance et risques juridiques
5,0
Enquêtes de cabinets pour fraude en valeurs mobilières ouvertes ; 74 M USD de ventes nettes d'initiés sur 3 ans contre 0 USD d'achats ; réorganisation de la direction mal accueillie. Révision en baisse.
−0,5
Visibilité du modèle économique
4,5
Aucun avantage quantique commercial démontré ; échéance annoncée à ~3 ans, déjà décalée par le passé.
=
Momentum de marché
3,0
−19 % depuis le 1er janvier au 21 août, puis −8,6 % le 24 août. Correction sectorielle sans catalyseur propre, pénalisant les valeurs non rentables à duration longue. Nouveau critère.
nouv.
Synthèse de la décision
Ce qui justifierait de détenir le titre. Rigetti est probablement le meilleur pari « pure player » sur les qubits supraconducteurs accessible en bourse, avec un bilan qui lui donne le droit de rester dans la course jusqu'au bout de la décennie sans dépendre du marché des capitaux. Le soutien de l'État américain via le programme CHIPS réduit considérablement le risque de disparition, et le consensus analystes reste « Achat » avec +76 % de potentiel théorique. La correction en cours améliore le point d'entrée.
Ce qui justifierait de s'abstenir. Le prix. À 5,46 Md USD pour 13,35 M USD de revenus, l'investisseur achète une option, pas une entreprise. Le scénario de succès est déjà intégré ; le scénario de retard ne l'est pas. La correction sectorielle en cours n'est pas terminée, aucun initié n'achète, et le mécanisme de financement fédéral devient plus dilutif à mesure que le cours baisse.
Position de taille limitée uniquement, dans une logique de portefeuille où une perte de 70 % resterait supportable. Points de contrôle à suivre : atteinte des 99,5 % de fidélité à 2 qubits d'ici fin 2026 ; signature des accords définitifs avec le Department of Commerce et conditions exactes de l'émission d'actions ; reconnaissance effective de la commande C-DAC au T4 2026 ; évolution du nombre d'actions en circulation ; premiers effets de la nouvelle organisation Systems Delivery sur les délais d'installation ; publication des résultats du T3 2026 attendue en novembre.