Informatique quantique « full-stack » à base de qubits supraconducteurs — architecture modulaire par chiplets, systèmes sur site (9 à 108 qubits) et accès cloud
Rapport généré le 10 août 2026 — Devise : USD — Siège : Berkeley, Californie (États-Unis)
6.0
Note / 10
Bilan très solide, valorisation extrême. Rigetti dispose de 541,3 M USD de trésorerie et placements au 30/06/2026, zéro dette financière et une consommation de cash modérée (~97 M USD/an tout compris) : le risque de faillite à 2–3 ans est très faible (autonomie financière de l'ordre de 5 ans). Le chiffre d'affaires accélère fortement (+185 % au T2 2026) et le soutien public américain se matérialise (LOI jusqu'à 100 M USD du Department of Commerce). En face, la société capitalise environ 6 Md USD pour ~13 M USD de revenus sur 12 mois glissants (≈ 440× les ventes), l'avantage quantique commercial reste annoncé à ~3 ans, et la dilution (ATM, warrants, prise de participation de l'État fédéral avec décote de 15 %) demeure une menace structurelle pour le cours. Note médiane : la survie est quasi acquise, la hausse du cours ne l'est pas.
5,14 M$
CA T2 2026 (+185 % a/a)
9,54 M$
CA S1 2026 (+191 % a/a)
541,3 M$
Trésorerie + placements (30/06/26)
0 $
Dette financière
-52,6 M$
Résultat net GAAP T2 2026
-790,5 M$
Déficit cumulé
333,7 M
Actions en circulation
≈ 440×
Capi. / CA (12 mois glissants)*
* Calcul dérivé à partir des données publiées (capitalisation ≈ 5,9–6,0 Md USD au 10/08/2026 ; CA 12 mois glissants ≈ 13,4 M USD = S1 2026 de 9,54 M$ + S2 2025 de 3,83 M$). Il s'agit d'un ratio calculé, non d'une donnée publiée par la société.
1. Ce que fait l'entreprise
Rigetti Computing est un pionnier de l'informatique quantique full-stack : la société conçoit, fabrique et exploite ses propres processeurs quantiques (QPU), l'électronique de contrôle, l'infrastructure cryogénique et la couche logicielle qui les pilote. Contrairement à la plupart de ses concurrents cotés, Rigetti possède sa propre fonderie de puces supraconductrices (Fremont, Californie), ce qui lui donne la maîtrise du cycle de conception-fabrication.
Technologie
Qubits supraconducteurs. Rigetti met en avant la maturité de cette modalité, sa voie de passage à l'échelle et sa vitesse : les portes logiques s'exécutent en 50 à 70 nanosecondes, soit d'après la société environ 10 000 fois plus vite que les systèmes à ions piégés et 100 fois plus vite que les systèmes à atomes neutres.
Architecture modulaire par « chiplets ». Plutôt que de graver une puce monolithique géante (dont le rendement de fabrication s'effondre avec la taille), Rigetti assemble des tuiles de 9 qubits. Le système Cepheus-1-108Q est constitué de douze chiplets de 9 qubits interconnectés. C'est le cœur de la thèse industrielle de la société : passer à l'échelle par la modularité plutôt que par la taille de puce.
Performances actuelles (T2 2026). Sur Cepheus-1-108Q : ~99,9 % de fidélité médiane sur portes à 1 qubit, ~99,1 % de fidélité médiane sur portes à 2 qubits, vitesse de porte ~60 ns.
Modèle économique — trois sources de revenus
Vente de systèmes sur site (« on-premises ») — c'est aujourd'hui le principal moteur. Gamme de 9 à 108 qubits : le QPU Novera (9 qubits, destiné aux laboratoires disposant déjà de leur cryogénie et de leur électronique) et les systèmes complets Cepheus (36 à 108 qubits). Clients : laboratoires nationaux, universités, centres quantiques nationaux.
Accès cloud via la plateforme Rigetti Quantum Cloud Services (QCS) et via Amazon Braket.
Contrats de R&D gouvernementaux (défense, agences fédérales américaines et britanniques).
Le point clé à comprendre pour l'investisseur. Rigetti n'est pas encore une entreprise commerciale au sens classique : elle vend principalement des instruments de recherche à des laboratoires publics. Aucun client ne l'utilise aujourd'hui pour résoudre un problème industriel qu'un ordinateur classique ne saurait traiter. La totalité de la valorisation repose sur l'anticipation d'un « avantage quantique » que la direction situe à environ trois ans.
2. Les 12 derniers mois — avancées, risques et controverses
◆ Éléments positifs
Retournement complet de la trajectoire de chiffre d'affaires. Après un exercice 2025 en recul (7,1 M USD, en baisse d'environ 34 % sur un an), le CA repart violemment : 4,4 M USD au T1 2026 (+193 % a/a), puis 5,14 M USD au T2 2026 (+185 % a/a). Sur le semestre : 9,54 M USD contre 3,27 M USD un an plus tôt.
Disponibilité générale du système 108 qubits (avril 2026). Cepheus-1-108Q, le plus grand système quantique modulaire de l'industrie selon Rigetti, est devenu accessible via QCS et Amazon Braket. Il triple le nombre de qubits et de chiplets par rapport au Cepheus-1-36Q.
Lettre d'intention avec le U.S. Department of Commerce (mai–juin 2026) : jusqu'à 100 M USD sur trois ans, au titre du CHIPS Research and Development Office Broad Agency Announcement. C'est une validation politique et technique majeure de l'approche supraconductrice à chiplets de Rigetti.
Commande de 8,4 M USD du C-DAC (Inde) pour un système supraconducteur 108 qubits — la plus grosse commande unitaire de l'histoire de la société, dont la reconnaissance en revenus est attendue au T4 2026 après installation et tests d'acceptation.
Écosystème HPC hybride : partenariat élargi avec HPE et le Pittsburgh Supercomputing Center. Rigetti livrera un système Novera 9 qubits au nouveau banc d'essai TangleLab du PSC, financé par une subvention de la National Science Foundation. L'objectif est un supercalculateur hybride quantique-classique.
Amélioration réelle de la marge brute. 42,6 % au T2 2026 (2,19 M USD de marge brute sur 5,14 M USD de CA) contre 31,4 % un an plus tôt — signe que les systèmes vendus commencent à couvrir leurs coûts directs.
Contrats de défense. Contrat de 5,8 M USD de l'Air Force Research Laboratory (avec QphoX) sur le réseau quantique supraconducteur — conversion des signaux micro-ondes en photons optiques ; et une dotation de 5,48 M USD de l'Air Force Office of Scientific Research sur le procédé de fabrication propriétaire ABAA (Alternating-Bias Assisted Annealing).
Expansion internationale. Plan d'investissement pouvant atteindre 100 M USD au Royaume-Uni sur plusieurs années, adossé au système 36 qubits déjà déployé au National Quantum Computing Centre britannique. Partenariat stratégique avec Quanta Computer (Fortune Global 500 taïwanais), chacun s'étant engagé à investir plus de 100 M USD sur cinq ans, complété par une prise de participation de 35 M USD de Quanta au capital.
Couverture analystes. Benchmark a initié le suivi avec une recommandation « Achat » et un objectif de 25 USD (début août 2026). Le consensus reste « Achat » avec un objectif moyen d'environ 29 USD.
◆ Éléments négatifs et risques
Valorisation déconnectée des fondamentaux. Environ 6 Md USD de capitalisation pour ~13 M USD de revenus sur 12 mois glissants, soit un multiple de l'ordre de 440× les ventes (calcul dérivé). À titre de comparaison, une société technologique en hypercroissance se traite généralement entre 10× et 30× ses ventes. Toute déception opérationnelle peut provoquer une correction violente.
Pertes qui s'aggravent en valeur absolue. La perte d'exploitation passe de 19,9 M USD (T2 2025) à 28,1 M USD (T2 2026), les dépenses de R&D bondissant de 13,5 à 20,7 M USD. La croissance du CA (+3,3 M USD) est très inférieure à celle des charges (+9,8 M USD).
Dilution structurelle. Historique lourd : 350 M USD levés via un programme ATM en 2025, plus 35 M USD auprès de Quanta. Le nombre d'actions en circulation est passé de ~298 M (T2 2025, moyenne pondérée) à 333,7 M au 30/06/2026. Surtout, la LOI avec le Department of Commerce prévoit l'émission d'actions nouvelles au plus bas de trois cours de clôture, avec une décote de 15 % : le financement public sera payé par les actionnaires existants.
78,4 M USD de passifs de warrants dérivés reclassés en passifs courants au 30/06/2026 (contre 102,6 M USD en non courant fin 2025). Ces instruments ne sont pas une dette à rembourser en cash, mais leur exercice est dilutif et leur réévaluation trimestrielle rend le résultat net GAAP très volatil et peu lisible.
Volatilité extrême du résultat comptable. Le résultat net GAAP du S1 2026 (-19,5 M USD) intègre un gain non monétaire de 24,1 M USD sur la réévaluation des warrants, tandis que le T2 seul (-52,6 M USD) intègre une charge non monétaire de 29,6 M USD. Le résultat GAAP n'est pas un indicateur exploitable pour cette société ; il faut raisonner en perte d'exploitation et en cash-flow.
DARPA Quantum Benchmarking Initiative. Rigetti participe à l'étape A mais n'a pas été retenue initialement pour l'étape B — un signal négatif dans un programme qui sert de référence de crédibilité technique au secteur. La direction indique poursuivre les discussions avec la DARPA.
Glissement de la feuille de route. L'objectif de 99,5 % de fidélité à 2 qubits, initialement annoncé pour la fin 2025, est désormais visé « plus tard en 2026 », le système étant à 99,1 %. L'écart de 99,1 % à l'objectif de long terme de 99,9 % représente une division par neuf du taux d'erreur — un saut technologique loin d'être acquis.
Enquêtes de cabinets d'avocats pour fraude en valeurs mobilières. À la suite de la chute de plus de 45 % du titre le 8 janvier 2025 (déclarations de Jensen Huang, PDG de NVIDIA, situant les ordinateurs quantiques « vraiment utiles » à environ 20 ans), plusieurs cabinets (Rosen Law Firm, Levi & Korsinsky) ont annoncé des investigations pour d'éventuelles déclarations trompeuses. Le risque juridique reste ouvert.
Ventes d'initiés. Un administrateur a cédé 122 188 actions en juin 2026 autour de 21,3–21,8 USD, dans le cadre d'un plan préétabli 10b5-1 (adopté en mars 2025, modifié en mars 2026) — ce qui atténue fortement la portée du signal. Le directeur financier a par ailleurs procédé à des cessions non discrétionnaires de couverture fiscale sur RSU.
Concurrence à la puissance de feu incomparable. IBM, Google et Microsoft mènent la course avec des bilans sans commune mesure ; IonQ, D-Wave et de nombreuses start-up financées privément se disputent le même marché naissant. La dynamique du secteur est de type « le gagnant rafle presque tout ».
Prudence côté analystes. Jefferies (Kevin Garrigan) a abaissé son objectif de 20 à 18 USD en maintenant une recommandation « Conserver » — soit un potentiel nul par rapport au cours actuel.
Dépendance à des tiers (infrastructure cloud Amazon) et exposition aux contrôles à l'exportation dans un domaine considéré comme stratégique par les États.
3. Ce que l'entreprise compte faire à court et moyen terme
Court terme (S2 2026 – 2027)
Convertir le carnet de commandes en revenus. Livraison et reconnaissance du système 108 qubits pour le C-DAC en Inde (8,4 M USD, attendu au T4 2026 après installation et acceptation) ; livraison du Novera 9 qubits au banc d'essai TangleLab du Pittsburgh Supercomputing Center ; poursuite des livraisons Novera aux universités et laboratoires nationaux.
Porter la fidélité à 2 qubits du Cepheus-1-108Q à 99,5 % d'ici la fin 2026. La direction identifie explicitement le temps de cohérence comme le facteur limitant et travaille sur la conception de puce, la fabrication, les matériaux et les procédés.
Finaliser les accords définitifs avec le Department of Commerce. À ce stade, seules les parties se sont engagées à négocier : le versement des fonds et l'émission d'actions restent conditionnés à la signature des contrats définitifs.
Augmenter la capacité en réfrigération à dilution et l'infrastructure associée, prérequis physique pour héberger des systèmes à plus grand nombre de qubits.
Moyen terme (2027 – 2029)
Objectif central : ~1 000 qubits, ~99,9 % de fidélité à 2 qubits et vitesse de porte sous 50 ns, sur un horizon d'environ trois ans. C'est le seuil que la direction associe à l'« avantage quantique », avec une forme d'atténuation d'erreurs avant la tolérance aux pannes complète.
Déploiement du plan britannique pouvant atteindre 100 M USD (systèmes physiques, talents, installations), en s'appuyant sur la présence existante au National Quantum Computing Centre.
Industrialisation avec Quanta Computer : chaque partenaire investit plus de 100 M USD sur cinq ans, Rigetti apportant la technologie quantique et Quanta son savoir-faire de fabrication de serveurs à grande échelle.
Positionnement HPC hybride : intégration des QPU Rigetti dans des supercalculateurs classiques, en partenariat avec HPE — c'est le chemin commercial le plus crédible à court terme, avant l'avantage quantique pur.
4. Analyse financière — solidité, trésorerie et risque de faillite
Compte de résultat
En milliers USD
T2 2026
T2 2025
S1 2026
S1 2025
Chiffre d'affaires
5 138
1 801
9 538
3 273
Coût des ventes
2 950
1 235
5 972
2 265
Marge brute
2 188
566
3 566
1 008
Taux de marge brute
42,6 %
31,4 %
37,4 %
30,8 %
Recherche & développement
20 728
13 522
40 685
28 977
Frais commerciaux, généraux et administratifs
9 522
6 926
16 894
13 545
Total charges d'exploitation
30 250
20 448
57 579
42 522
Résultat d'exploitation
-28 062
-19 882
-54 013
-41 514
Produits financiers (intérêts)
5 058
3 042
10 421
5 194
Réévaluation des warrants (non monétaire)
-29 602
-20 557
+24 095
+32 705
Résultat net GAAP
-52 606
-39 654
-19 497
+2 965
Résultat par action (dilué)
-0,16 $
-0,13 $
-0,13 $
0,00 $
Perte nette non-GAAP (T2 2026)
-16 000
—
—
—
Lecture critique. La croissance du chiffre d'affaires est spectaculaire en pourcentage mais dérisoire en valeur absolue : +3,3 M USD sur le trimestre, contre +9,8 M USD de charges d'exploitation supplémentaires. Rigetti dépense aujourd'hui environ 5,9 dollars de charges d'exploitation pour chaque dollar de revenu. Ce n'est pas anormal pour une entreprise de recherche financée par capitaux propres, mais cela signifie que la rentabilité n'est pas un sujet avant plusieurs années.
Bilan au 30 juin 2026
En milliers USD
30/06/2026
31/12/2025
Variation
Trésorerie et équivalents
27 763
44 851
-17 088
Placements disponibles à la vente — court terme
365 946
398 660
-32 714
Placements disponibles à la vente — long terme
147 586
146 321
+1 265
Total trésorerie + placements
541 295
589 832
-48 537
Créances clients
3 865
2 551
+1 314
Immobilisations corporelles nettes
75 302
57 051
+18 251
Total actif
648 233
666 574
-18 341
Fournisseurs
14 001
3 488
+10 513
Passifs de warrants dérivés (courants en 2026)
78 407
102 593
-24 186
Total passifs courants
105 057
12 152
+92 905*
Total passif
110 799
120 375
-9 576
Dette financière (emprunts)
0
0
—
Capitaux propres
537 434
546 199
-8 765
Déficit cumulé
-790 454
-770 957
-19 497
Actions en circulation
333 676 881
331 282 895
+0,7 %
* La forte hausse des passifs courants s'explique presque intégralement par le reclassement des passifs de warrants dérivés du non-courant vers le courant (78,4 M USD). Il ne s'agit pas d'une dette exigible en trésorerie mais d'un instrument réglé en actions.
Trésorerie et consommation de cash (S1 2026)
En milliers USD
S1 2026
S1 2025
Flux de trésorerie d'exploitation
-31 993
-29 820
Investissements (achats d'immobilisations)
-16 404
-8 214
Flux d'investissement net (incl. arbitrages de placements)
+14 991
-369 732
Flux de financement net
+479
+389 095
dont produits de l'offre ATM
0
+346 719
dont placement privé Quanta
0
+35 000
Amortissements
5 484
3 723
Rémunération en actions (non monétaire)
12 910
7 728
Autonomie financière. Consommation réelle sur le semestre : 32,0 M USD d'exploitation + 16,4 M USD d'investissement = 48,4 M USD, soit un rythme annualisé d'environ 97 M USD. Rapporté aux 541,3 M USD de trésorerie et placements, cela représente une autonomie de l'ordre de 5,5 ans à rythme constant, et encore plus de 4 ans en supposant une accélération significative des dépenses. À cela s'ajoutent ~10,4 M USD de produits d'intérêts semestriels générés par le portefeuille de placements, qui financent à eux seuls près d'un tiers de la consommation opérationnelle.
Progression en valeur et risque de faillite — mon avis
La société progresse-t-elle en valeur ?
Oui, opérationnellement — mais lentement au regard du prix payé.
Le CA a triplé sur un an et la marge brute s'améliore de 11 points : la commercialisation des systèmes fonctionne réellement.
Les immobilisations corporelles progressent de 57 à 75 M USD : Rigetti construit un vrai outil industriel (fonderie, cryogénie), qui constitue une barrière à l'entrée tangible.
Le soutien de l'État fédéral américain, du gouvernement britannique, de l'Inde (C-DAC) et de Quanta valide l'approche technologique.
Mais : à ~440× les ventes, le marché price déjà un scénario de succès quasi total. La création de valeur opérationnelle des 12 derniers mois (+6 M USD de CA annuel) est sans commune mesure avec les milliards de capitalisation.
Risque de faillite
Très faible sur 2–3 ans. Quasi nul à court terme.
Zéro dette financière : aucun covenant, aucune échéance de remboursement, aucun créancier susceptible de déclencher une procédure.
541,3 M USD d'actifs liquides contre 110,8 M USD de passif total, dont 78,4 M USD réglables en actions et non en cash.
Ratio de liquidité générale de ~3,9× (414,4 M USD d'actifs courants / 105,1 M USD de passifs courants) — et de ~15,5× si l'on neutralise les warrants.
Le vrai risque n'est pas la faillite mais la dilution : si le cours s'effondre, Rigetti devra émettre beaucoup plus d'actions pour lever le même montant, et la LOI fédérale contient déjà un mécanisme d'émission avec décote de 15 %.
Le scénario baissier à surveiller. Rigetti ne fera pas faillite ; en revanche, le titre peut perdre 60 à 80 % sans que la société soit en danger existentiel. Les déclencheurs plausibles : nouveau glissement de la feuille de route de fidélité, exclusion définitive de la DARPA QBI, annonce d'une percée majeure d'un concurrent mieux capitalisé, remontée générale de l'aversion au risque sur les valeurs spéculatives, ou reprise du programme ATM à grande échelle. Le titre avait déjà chuté de plus de 45 % en une séance en janvier 2025 sur une simple déclaration du PDG de NVIDIA, et de 18 % en janvier 2026 sur un mouvement sectoriel.
5. Note globale
6.0
Note / 10
Horizon 2–3 ans. Un score de 6,0 traduit un profil fortement asymétrique entre survie et performance boursière : la probabilité de faillite est parmi les plus faibles du secteur quantique coté, mais la probabilité que le cours soit significativement plus haut dans trois ans est incertaine compte tenu du point de départ de valorisation.
Critère
Note
Commentaire
Solidité financière / risque de faillite
9,0
541 M USD d'actifs liquides, aucune dette, ~5 ans d'autonomie, intérêts couvrant un tiers du burn.
Dynamique commerciale
6,5
CA multiplié par ~2,9 en un an, marge brute en nette amélioration, carnet réel (C-DAC, Novera, PSC) — mais base minuscule.
Position technologique et différenciation
7,0
Fonderie propriétaire, architecture chiplets crédible, vitesse de porte supérieure. Fidélité à 2 qubits encore à 99,1 % vs 99,9 % nécessaire.
Soutien institutionnel et partenariats
8,0
Department of Commerce (jusqu'à 100 M USD), AFRL, AFOSR, NQCC britannique, C-DAC, HPE, NSF/PSC, Quanta.
Valorisation / potentiel de hausse
2,5
≈ 440× les ventes. Objectif moyen des analystes ~29 USD mais Jefferies à 18 USD (« Conserver »). Marge de sécurité inexistante.
Risque de dilution
3,0
ATM, warrants (78,4 M USD), émission fédérale avec décote de 15 %, rémunération en actions de 12,9 M USD sur le semestre.
Gouvernance et risques juridiques
5,5
Enquêtes de cabinets pour fraude en valeurs mobilières ouvertes ; ventes d'initiés encadrées par des plans 10b5-1.
Visibilité du modèle économique
4,5
Aucun avantage quantique commercial démontré ; échéance annoncée à ~3 ans, déjà décalée par le passé.
Synthèse de la décision
Ce qui justifierait de détenir le titre : Rigetti est probablement le meilleur pari « pure player » sur les qubits supraconducteurs accessible en bourse, avec un bilan qui lui donne le droit de rester dans la course jusqu'au bout de la décennie sans dépendre du marché des capitaux. Le soutien de l'État américain via le CHIPS Act réduit considérablement le risque de disparition.
Ce qui justifierait de s'abstenir : le prix. À ~6 Md USD pour 13 M USD de revenus, l'investisseur achète une option, pas une entreprise. Le scénario de succès est déjà intégré ; le scénario de retard, lui, ne l'est pas.
Position de taille limitée uniquement, dans une logique de portefeuille où une perte de 70 % resterait supportable. Points de contrôle à suivre trimestriellement : atteinte des 99,5 % de fidélité à 2 qubits d'ici fin 2026, signature des accords définitifs avec le Department of Commerce, reconnaissance effective de la commande C-DAC au T4 2026, et évolution du nombre d'actions en circulation.