D-Wave Quantum Inc. (fondée en 1999 au Canada, cotée depuis 2022 sous le symbole QBTS, siège à Palo Alto en cours de transfert vers Boca Raton en Floride) conçoit, fabrique et exploite des ordinateurs quantiques ainsi que les logiciels et services associés. C'est la seule société au monde à commercialiser simultanément deux architectures quantiques distinctes. Elle a reconnu du chiffre d'affaires auprès de plus de 100 organisations clientes au premier semestre 2026, dont plus de la moitié sont des entreprises commerciales.
Le recuit quantique est une machine spécialisée dans la recherche de la meilleure solution parmi un très grand nombre de combinaisons possibles (optimisation combinatoire) : tournées de techniciens, affectation de ressources sous contraintes, routage de réseaux télécom, planification ferroviaire, opérations portuaires. Les systèmes Advantage et Advantage2 (sixième génération, plus de 4 400 qubits) sont, selon la direction, les seuls ordinateurs quantiques faisant tourner des applications d'entreprise en production aujourd'hui.
Architecture universelle poursuivie par IBM, Google, IonQ ou Rigetti. D-Wave y est entrée massivement le 20 janvier 2026 en finalisant le rachat de Quantum Circuits Inc. pour un prix total de 538,5 M$ (10 430 444 actions nouvelles plus 250 M$ en numéraire). L'apport est l'architecture dual-rail : un qubit codé sur deux chemins physiques, permettant une détection d'erreur au niveau matériel. Depuis le 1er octobre 2026, un simulateur de ce système est accessible en bêta à quelques clients choisis. Cette activité ne génère pas de revenu significatif.
| Ligne de revenu | Description | Situation récente |
|---|---|---|
| QCaaS (Leap) | Abonnement cloud d'accès temps réel aux machines et aux solveurs hybrides | Sur le S1 2026, 37,3 % du revenu QCaaS provient d'applications en production (contre 9,8 % un an plus tôt) |
| Services professionnels | Accompagnement au développement d'applications chez le client (D-Wave Launch) ; désormais aussi via des intégrateurs comme CGI | Activité récurrente de faible ampleur |
| Vente de systèmes | Machine complète installée sur site ; revenu volatil, reconnu par jalons | Aucune vente reconnue au T2 2026. Le système de 20 M$ de Florida Atlantic University doit être reconnu sur les trimestres à venir |
Une base clients qui bascule vers le commercial. 62,4 % du chiffre d'affaires du T2 2026 provient de clients commerciaux (45,1 % un an plus tôt) et 47,7 % de clients du Forbes Global 2000 (20,4 % au T2 2025). Références citées : AT&T, Nasdaq Verafin, Oki Electric Industry, Shionogi, Unisys, NTT DOCOMO, et désormais BBVA parmi les testeurs du simulateur gate-model.
| Date | Événement | Portée |
|---|---|---|
| T4 2025 | Prises de commandes trimestrielles de 13,4 M$, dont 10 M€ pour 50 % de la capacité d'un Advantage2 en Lombardie (Italie) | Premier signal de changement d'échelle des commandes |
| 20 janv. 2026 | Finalisation du rachat de Quantum Circuits Inc. (538,5 M$) | Seul acteur à double plateforme ; technologie dual-rail |
| 27 janv. 2026 | Florida Atlantic University signe un accord de 20 M$ pour un Advantage2 ; installation du siège à Boca Raton | Plus grosse commande unitaire de l'histoire de la société |
| 26 févr. 2026 | Résultats 2025 : chiffre d'affaires de 24,6 M$ (+179 %) | Meilleure année de l'histoire, portée par une vente de système |
| 2026 | Publication dans Nature d'une porte d'intrication à deux qubits haute fidélité sur architecture dual-rail ; classement « Leader » IDC MarketScape 2026 | Validation scientifique et sectorielle indépendante |
| Août 2026 | Subvention NSF de 1,57 M$, financement NORDTECH/SQFab, Conseil national de recherches du Canada ; NTT DOCOMO met une deuxième application en production (−65,3 % de signaux au pic) | Financements non dilutifs et preuve de valeur client |
| 8 sept. 2026 | Accord définitif avec le département américain du Commerce : jusqu'à 100 M$ (CHIPS Act), dont une première tranche de 53,55 M$, le solde étant lié à des jalons techniques, contre une participation minoritaire de l'État | Événement le plus structurant de l'année ; finance les systèmes annealing 100 000 qubits et gate-model |
| 21 sept. 2026 | Nomination de Bernard Gavgani (ex-DSI groupe BNP Paribas) au conseil et au comité cybersécurité | Renforce l'expertise services financiers du conseil |
| 23 sept. 2026 | Partenariat de mise sur le marché avec CGI : intégration de l'Advantage2 et des solveurs hybrides à l'offre de CGI, co-développement de cas d'usage (horaires ferroviaires, gestion de triages, planification de la chaîne d'approvisionnement, tournées de livraison, planification des effectifs) | Accès à la base clients d'un grand intégrateur, prolongeant plus d'un an de collaboration ; aucun montant divulgué |
| 23-25 sept. 2026 | Présence à la Quantum World Congress 2026 | Visibilité commerciale |
| 1er oct. 2026 | Lancement du programme bêta du simulateur gate-model « error-aware » ; accès anticipé pour BBVA, FirstQFM, Florida Atlantic University, Jülich Supercomputing Centre | Jalon 2026 de la feuille de route tenu ; premier contact commercial avec la plateforme gate-model |
| 5 oct. 2026 | Initiative « Quantum Supply Chain » avec le Sam M. Walton College of Business (Université de l'Arkansas) ; don de 50 000 $ de D-Wave | Ancrage académique dans la logistique et la distribution ; portée financière nulle |
| Date | Événement | Portée |
|---|---|---|
| 6 août 2026 | Résultats du T2 2026 sous le consensus : 3,08 M$ contre environ 4,03 M$ attendus ; chiffre d'affaires semestriel en recul de 67 % | Titre en baisse de 9,3 % |
| S1 2026 | Charges d'exploitation GAAP de 111,5 M$ (+108 %) pour 5,9 M$ de chiffre d'affaires ; perte d'EBITDA ajusté de 69,9 M$ (contre 26,1 M$) ; consommation de trésorerie opérationnelle de 73,5 M$ (contre 34,6 M$) | Effet de ciseaux : les coûts doublent, le revenu se contracte |
| 25 août 2026 | Départ du directeur financier John Markovich (effectif le 2 septembre) ; Greg Golkov par intérim. Au 9 octobre, aucun successeur titulaire annoncé | Titre en baisse de 9,5 % ; la société précise qu'il n'y a pas de désaccord comptable |
| Sept.-oct. 2026 | Enquêtes boursières de Kessler Topaz Meltzer & Check, Pomerantz LLP et SBS Law, avec des avis republiés presque chaque jour (jusqu'au 9 octobre) | Enquêtes préalables de cabinets demandeurs fondées sur la séquence « résultats décevants puis départ du directeur financier ». Aucune action collective déposée, aucune procédure SEC annoncée |
| 18 sept. → 9 oct. 2026 | Cours de 17,11 $ à 14,57 $ (−14,8 %) ; baisse d'environ 40 % depuis le début de l'année selon 24/7 Wall St. (au 7 octobre) ; capitalisation tombée de 6,37 à 5,43 Md$ | Les annonces de partenariats (CGI, simulateur) n'ont pas enrayé la tendance |
| Continu | Valorisation toujours très élevée : valeur d'entreprise d'environ 4,9 Md$ pour 12,4 M$ de chiffre d'affaires sur douze mois, soit environ 396 fois (calcul dérivé) | Moins extrême qu'en septembre (473 fois), mais toute déception reste sévèrement sanctionnée |
| Continu | 554,4 M$ de goodwill et d'incorporels (48 % de l'actif) issus du rachat de Quantum Circuits | Risque de dépréciation si la feuille de route gate-model dérape |
| Continu | Concurrence d'IBM, Google, IonQ, Rigetti, Quantinuum, et des solveurs classiques sur GPU ; débat non clos sur l'avantage quantique réel de l'annealing (rapport vendeur Kerrisdale, avril 2025) | Risque de positionnement à long terme |
| Échéance | Recuit quantique (Advantage3) | Modèle à portes (dual-rail) |
|---|---|---|
| 2026 | Prototype d'entrées/sorties évolutives vers 100 000 qubits | Système de 17 qubits physiques ; simulateur en bêta (fait, 1er oct.) |
| 2027 | Interconnexions supraconductrices multi-puces | 49 qubits physiques : réduction d'erreur attendue d'un facteur 20 |
| 2028 | — | 181 qubits physiques : réduction d'erreur d'un facteur 2 000 |
| 2029 | Système intermédiaire de 20 000 qubits | — |
| 2030 | — | 10 qubits logiques : premiers algorithmes tolérants aux fautes |
| 2031 | Système de 100 000 qubits | — |
| 2032 | — | 100 qubits logiques, plus d'un million d'opérations |
Aucun nouveau rapport financier n'a été publié depuis le 10-Q du T2 2026. Les chiffres ci-dessous restent ceux au 30 juin 2026 ; seules les données de marché ont été actualisées.
| Indicateur | T2 2026 | T2 2025 | S1 2026 | S1 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 3,1 M$ | 3,1 M$ | 5,9 M$ | 18,1 M$ |
| Marge brute GAAP | 55,4 % | 63,8 % | 59,4 % | 87,6 % |
| Charges d'exploitation GAAP | 55,0 M$ | 28,5 M$ | 111,5 M$ | 53,6 M$ |
| Perte nette | 48,0 M$ | 167,3 M$ | 66,4 M$ | 172,8 M$ |
| Perte d'EBITDA ajusté | 37,1 M$ | 20,0 M$ | 69,9 M$ | 26,1 M$ |
| Prises de commandes | 2,1 M$ | 1,3 M$ | 35,5 M$ | 2,9 M$ |
Deux effets d'optique. Le recul de 67 % du revenu semestriel tient à une base exceptionnelle (13,7 M$ reconnus au S1 2025 sur une vente de système). Symétriquement, l'amélioration de la perte nette n'est pas opérationnelle : elle vient de la disparition de 138,1 M$ de charges non monétaires liées aux bons de souscription et d'un produit d'impôt de 28,4 M$ lié à l'acquisition. Le seul indicateur opérationnel propre, la perte d'EBITDA ajusté, s'est dégradé de 168 %.
| Poste | 30/06/2026 | 31/12/2025 |
|---|---|---|
| Trésorerie et équivalents | 296,6 M$ | 635,3 M$ |
| Titres de placement négociables | 249,6 M$ | — |
| Total trésorerie + titres | 546,2 M$ | 635,3 M$ |
| Écarts d'acquisition (goodwill) | 342,6 M$ | — |
| Actifs incorporels nets | 211,8 M$ | 0,9 M$ |
| Total actif | 1 158,4 M$ | 915,8 M$ |
| Passif courant | 27,3 M$ | 21,1 M$ |
| Emprunts (part courante + non courante) | 35,0 M$ | 36,0 M$ |
| Total passif | 75,3 M$ | 63,6 M$ |
| Capitaux propres | 1 083,1 M$ | 852,2 M$ |
| Déficit cumulé | −1 048,4 M$ | −982,0 M$ |
Oui sur le plan industriel, pas encore dans les comptes. Les signaux de progression réelle s'accumulent : carnet multiplié par 7,7 en un an, clientèle de grands comptes en forte hausse, financement fédéral de 100 M$, jalons gate-model tenus (simulateur en bêta), et désormais un canal de distribution via CGI. Mais le chiffre d'affaires reconnu reste d'environ 12,4 M$ sur douze mois. La baisse du cours a ramené la valeur d'entreprise d'environ 5,9 à 4,9 Md$ : la valorisation est un peu moins tendue, mais le marché continue de payer une option de long terme plutôt qu'une activité.
| Critère | Appréciation | Poids dans la note |
|---|---|---|
| Risque de faillite à 2-3 ans | Très faible — 546,2 M$ de liquidités contre 75,3 M$ de passif, dette conditionnelle, plus de trois ans d'autonomie, 53,55 M$ de première tranche fédérale attendue | Très favorable |
| Soutien institutionnel | Fort — CHIPS Act, NSF, NORDTECH, Conseil national de recherches du Canada, IDC « Leader » | Favorable |
| Position technologique | Différenciée — double plateforme, seuls systèmes en production commerciale, simulateur dual-rail en bêta | Favorable |
| Dynamique commerciale | Contrastée — commandes +1 120 %, carnet +668 %, partenariat CGI, mais revenu reconnu en recul | Neutre |
| Trajectoire des coûts | Défavorable — charges +108 %, perte d'EBITDA ajusté +168 % | Défavorable |
| Gouvernance et risque juridique | Dégradée — directeur financier par intérim depuis plus d'un mois, trois cabinets d'avocats en sollicitation (aucune action déposée) ; conseil renforcé (Krysler, Gavgani) | Défavorable |
| Valorisation | Très élevée — environ 396 fois le chiffre d'affaires (contre 473 fois en septembre) | Très défavorable |
| Dynamique boursière | Tendance baissière — −14,8 % en trois semaines, sous les moyennes mobiles 50 et 200 jours ; consensus « Achat modéré », objectif moyen d'environ 36 $ (MarketBeat), plus haut à 43 $ (Rosenblatt) | Défavorable |
Les faits nouveaux depuis le 22 septembre se compensent. Côté positif, le partenariat CGI, le simulateur gate-model livré dans les délais et la précision sur la première tranche CHIPS Act (53,55 M$) confortent la solidité et la crédibilité de la feuille de route. Côté négatif, la baisse continue du cours, la multiplication des sollicitations d'avocats et l'absence de directeur financier titulaire entretiennent un climat de défiance. Aucun de ces éléments ne modifie la thèse fondamentale : risque de faillite très faible, potentiel boursier conditionné à la conversion du carnet en chiffre d'affaires. Le recul de la valorisation améliore légèrement le rapport risque/rendement, sans justifier à lui seul un relèvement avant la publication du T3.