Date du rapport : 28 juillet 2026 · Devise : USD · Cours de référence : ~94–97 $ (semaine du 27 juillet 2026) · Bitcoin de référence : ~64 000 $ · Résultats T2 2026 attendus le 30 juillet 2026
5,5 / 10
Note globale : 5,5 sur 10. Risque de faillite faible à horizon 2–3 ans : ~843 775 BTC (~54 Md$) couvrent largement une dette et des préférentielles de ~22 Md$, la réserve USD a encore grossi à 3,75 Md$ (~21 mois de couverture des dividendes/intérêts), la dette est peu coûteuse et sans covenants forçant la vente de bitcoin, et les rachats de titres ont commencé à s'exécuter. Mais le titre reste un levier quasi pur sur le bitcoin, tombé sous le coût moyen d'acquisition (~75 476 $), avec une action en baisse de ~72 % depuis son sommet d'octobre 2025, ~1,76 Md$/an de charges financières non couvertes par l'exploitation, une perte T2 attendue massive (~8 Md$ de moins-value sur le bitcoin) et un contentieux boursier en cours. Potentiel de rebond réel si le bitcoin se redresse, mais dépendance extrême à un actif unique et catalyseurs de court terme limités.
1. Ce que fait l'entreprise
Strategy Inc (anciennement MicroStrategy, Nasdaq : MSTR, siège à Tysons Corner, Virginie) est la première et la plus grande « Bitcoin Treasury Company » au monde. Son modèle repose sur deux piliers très inégaux :
Trésorerie bitcoin (cœur du modèle) : la société détient 843 775 BTC acquis pour environ 63,69 Md$ (coût moyen ~75 476 $/BTC), soit près de 4 % de tous les bitcoins qui existeront jamais. Elle finance historiquement ces achats par émissions d'actions ordinaires (programme ATM), d'obligations convertibles et de cinq séries d'actions préférentielles cotées (STRF, STRC, STRK, STRD, STRE — le « Digital Credit »).
Logiciels d'analytique d'entreprise : l'activité historique de business intelligence dopée à l'IA (« Intelligence Everywhere »), qui génère de l'ordre de 120 M$ de revenus par trimestre (~477 M$ annualisés). Elle est marginale par rapport au bilan bitcoin mais fournit une base opérationnelle réelle.
En pratique, l'action MSTR fonctionne comme un véhicule d'exposition au bitcoin avec levier, piloté par son fondateur et président exécutif Michael Saylor et son directeur général Phong Le. Depuis le « Digital Credit Capital Framework » de juin 2026, la société ne se contente plus d'accumuler passivement : elle pilote activement son capital (émissions, rachats, réserve USD, monétisation encadrée de bitcoin).
2. Avancées et événements des 12 derniers mois
Points positifs
Réserve USD renforcée à 3,75 Md$ (26 juillet 2026) : la trésorerie dédiée au paiement des dividendes préférentiels et des intérêts est passée de 871 M$ (25 mai) à 2,55 Md$ (28 juin) puis 3,75 Md$ fin juillet. C'est le principal progrès de l'année sur le plan du risque de crédit : ~21 mois de couverture des obligations préférentielles/intérêts, bien au-dessus du plancher de 12 mois imposé par le conseil.
Cadre « Digital Credit Capital Framework » (29 juin 2026) : tournant majeur, autorisant un programme de monétisation de BTC jusqu'à 1,25 Md$ (première autorisation formelle de vendre du bitcoin), un rachat de préférentielles jusqu'à 1 Md$ et un rachat d'actions ordinaires jusqu'à 1 Md$.
Rachats désormais actifs : sur la seule semaine du 20 au 26 juillet 2026, la société a racheté 288 930 titres STRC pour 25 M$. Il reste 975 M$ de capacité sur les préférentielles et 1,0 Md$ sur l'action ordinaire — de la « puissance de feu » pour défendre le cours en cas de faiblesse.
Réduction de la dette convertible : en mai 2026, rachat de 1,5 Md$ de nominal des convertibles 0 % 2029 pour ~1,38 Md$ (8 % de décote), ramenant les convertibles à ~6,7 Md$, à coupon nul ou faible et sans covenants forçant la vente de BTC.
Soutien d'analystes : Citi a réitéré son opinion « Achat » avec un objectif de 260 $, invoquant un risque de bilan réduit et plus de temps pour un éventuel rebond du bitcoin.
Positionnement institutionnel : la société a rejoint le « Bitcoin Security Consortium » aux côtés de BlackRock, Coinbase, Galaxy et Block, et reste le proxy coté de référence sur l'adoption institutionnelle du bitcoin, alors que l'administration américaine explore une « Réserve stratégique de bitcoin ».
Points négatifs
Bitcoin sous le coût d'acquisition : le BTC évolue autour de 64 000 $ (mi-à-fin juillet 2026), nettement sous le coût moyen de ~75 476 $. Le portefeuille (~54 Md$ à 64 k$) affiche une moins-value latente de l'ordre de 8 à 10 Md$. Juin 2026 a été le pire mois pour les ETF bitcoin (~4,4 Md$ de sorties nettes).
Action massivement corrigée : le titre a chuté de ~72 % depuis son sommet d'octobre 2025 (365,21 $) et traite autour de 90–100 $, sous-performant même la baisse du bitcoin (~−48 % sur la même période) — signe de la compression de la prime (mNAV).
Perte T2 attendue massive : les résultats du 2ᵉ trimestre 2026 sont publiés le 30 juillet ; la société a déjà signalé une moins-value sur actifs numériques d'environ 8,3 Md$ liée à la baisse du bitcoin. Le consensus attend une perte de l'ordre de −2,2 $/action pour ~122 M$ de revenus logiciels.
Coût du capital élevé : le dividende STRC a été relevé à 12 %/an (effectif 1er juillet 2026, désormais versé deux fois par mois) pour maintenir la préférentielle au pair. La charge annuelle combinée dividendes préférentiels + intérêts reste de l'ordre de 1,76 Md$, non couverte par les flux d'exploitation du logiciel.
Vente de bitcoin : pour la première fois, la société a vendu du BTC (~216 M$) et réduit ses avoirs de ~847 400 à 843 775 BTC — un revirement par rapport à la doctrine « ne jamais vendre », nécessaire pour alimenter la réserve USD.
Contentieux : action collective en valeurs mobilières en cours (allégations de déclarations trompeuses) ; l'enquête du cabinet Rosen a été élargie aux porteurs de préférentielles (STRF, STRC, STRK, STRD).
Exclusion persistante du S&P 500 : malgré des critères quantitatifs remplis, MSTR reste écartée des grands indices, ce qui limite les flux passifs entrants.
3. Plans à court et moyen terme
Gestion active et bidirectionnelle du capital : émettre quand le capital est attractif, racheter préférentielles décotées et actions sous la valeur intrinsèque quand c'est relutif — les rachats STRC en cours illustrent ce basculement.
Défense du « Digital Credit » : maintenir STRC proche du pair (~99–100 $) via ajustement du taux de dividende (12 %) et rachats, condition sine qua non pour continuer à lever du capital via l'ATM.
Alimenter et sanctuariser la réserve USD : viser une couverture confortable (>12 mois) des dividendes et intérêts, au besoin par la monétisation encadrée de bitcoin (plafond 1,25 Md$) et les émissions d'actions.
Maintien de l'exposition bitcoin à long terme : le bitcoin reste l'actif de réserve principal ; les ventes sont plafonnées et exceptionnelles. Reprise possible des achats quand les conditions de capital le permettront.
Échéances de dette : gérer la maturité des convertibles 0 % de février 2027 (~1 Md$) puis des souches 2028–2032, potentiellement via rachats à décote comme en mai 2026.
Logiciel : poursuite du développement de l'analytique dopée à l'IA, sans que cela change l'équation financière globale.
4. Analyse financière : valeur, dettes, trésorerie, risque de faillite
Juste valeur du bitcoin ; consensus ~−2,2 $/action
Revenus logiciel
~120 M$/trim. (~477 M$ annualisés)
Marginal vs bilan ; en légère croissance
Dette convertible
~6,7 Md$
0 % ou coupons faibles ; sans covenants ; 1ʳᵉ échéance fév. 2027
Préférentielles
~15,5 Md$ notionnel
STRC 12 %, STRF 10 %, STRD 10 %, STRK 8 %
Charge annuelle dividendes + intérêts
~1,76 Md$
Non couverte par l'exploitation
Réserve USD
3,75 Md$ (26 juillet 2026)
~21 mois de couverture ; plancher conseil de 12 mois
Rachats en cours
288 930 STRC (25 M$) / semaine
975 M$ (préf.) + 1,0 Md$ (ordinaire) de capacité restante
Ratios de bilan
Current ratio > 6 ; dette/fonds propres ~0,23
Liquidité ample, levier comptable modéré
Cours / performance
~94–97 $ ; −72 % depuis oct. 2025
Sous-performe le bitcoin (−48 %) ; mNAV comprimé
Trésorerie et évolution. C'est le point le plus favorable du dossier. La réserve USD est passée de 871 M$ (25 mai) à 2,55 Md$ (28 juin) puis 3,75 Md$ (26 juillet), alimentée par le programme ATM (5,43 M d'actions ordinaires vendues pour 544,5 M$ sur la seule semaine du 20–26 juillet) et par la monétisation ponctuelle de bitcoin. Cette réserve est sanctuarisée par une politique du conseil (usage limité aux dividendes et intérêts, plancher de 12 mois). Avec un current ratio supérieur à 6, la liquidité de court terme est confortable.
Dettes. La structure est inhabituelle mais gérable : ~6,7 Md$ de convertibles à coupon nul ou quasi nul, échéances étalées de 2027 à 2032, sans covenants forçant la vente de BTC ; le ratio dette/fonds propres reste bas (~0,23). Le vrai fardeau est constitué par les ~15,5 Md$ de préférentielles perpétuelles, dont le coût (8–12 %) crée une ponction annuelle de ~1,76 Md$ qui n'est pas couverte par les flux d'exploitation du logiciel. Ce financement repose donc structurellement sur de nouvelles émissions ou sur des ventes encadrées de bitcoin — et, désormais, la société commence aussi à racheter ces préférentielles coûteuses à décote, ce qui réduit la ponction future.
Risque de faillite : faible à horizon 2–3 ans, mais pas nul. Les actifs bitcoin (~54 Md$ à 64 k$) couvrent très largement dette et préférentielles (~22 Md$ combinées) ; la liquidité couvre ~21 mois d'obligations ; les dividendes préférentiels peuvent légalement être réduits ou suspendus (au prix de la crédibilité du « Digital Credit »). Un scénario de détresse exigerait une chute durable du bitcoin bien en dessous de ~25–30 k$ combinée à une fermeture des marchés de capitaux. En revanche, le risque pour l'actionnaire ordinaire est plus élevé que le risque de faillite : les préférentielles et la dette sont prioritaires, et toute nouvelle baisse du BTC frappe l'action avec levier.
Progression en valeur. Sur 12 mois, la valeur par action a fortement reculé (−72 % depuis octobre 2025) avec le bitcoin et la compression du mNAV. Le renforcement de la liquidité, les rachats de titres et la décote sur NAV créent un potentiel de rattrapage si le bitcoin se stabilise ou remonte — c'est le pari de Citi (objectif 260 $). Mais la thèse reste entièrement conditionnée au bitcoin, et les catalyseurs de court terme sont limités tant que le BTC reste sous le coût moyen d'acquisition.
Avertissement : ce rapport est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement. Je ne suis pas conseiller financier. Les données proviennent de sources publiques citées ci-dessous et peuvent comporter des délais ou imprécisions. Les résultats T2 2026 n'étaient pas encore publiés à la date du rapport (attendus le 30 juillet 2026).
5. Note finale : 5,5 / 10
Justification. La note reste à 5,5, inchangée par rapport au début juillet. D'un côté, le risque de faillite à 2–3 ans est faible et s'est même amélioré : réserve USD portée à 3,75 Md$ (~21 mois de couverture), rachats de préférentielles coûteuses désormais en cours, dette peu chère et sans covenants, current ratio > 6, couverture d'actifs bitcoin massive (~54 Md$ contre ~22 Md$ de passifs prioritaires), et un titre qui traite autour de sa valeur d'actif net avec 2 Md$ de capacité de rachat crédible — un vrai potentiel de hausse si le bitcoin rebondit (objectif Citi 260 $). De l'autre, les fondamentaux de l'année restent dégradés : bitcoin sous le coût moyen d'acquisition, action −72 % depuis octobre 2025, perte T2 attendue massive (~8,3 Md$ de dépréciation), coût du capital élevé (STRC 12 %), ~1,76 Md$/an de charges financières non couvertes par l'exploitation, première vente de bitcoin, contentieux en cours et portes des grands indices toujours fermées. MSTR reste un instrument à haut bêta sur le bitcoin : le potentiel de prospérité de la société sur 2–3 ans dépend presque entièrement d'une variable qu'elle ne contrôle pas.