Date du rapport : 5 juillet 2026 · Devise : USD · Cours de référence : 100,77 $ (clôture du 2 juillet 2026) · Capitalisation : ~35,3 Md$
5,5 / 10
Note globale : 5,5 sur 10. Risque de faillite faible à horizon 2–3 ans grâce à un bilan adossé à ~53 Md$ de bitcoin et au nouveau cadre de liquidité (réserve USD de 2,55 Md$, ~17 mois de couverture des dividendes). Mais le titre reste un levier quasi pur sur le bitcoin, en forte baisse (BTC ~60–63 k$ vs coût moyen ~75,7 k$), avec 15,5 Md$ de préférentielles coûteuses (~1,76 Md$/an de dividendes et intérêts non couverts par l'exploitation), un mNAV passé sous 1,0 et un contentieux boursier en cours. Potentiel de rebond réel si le bitcoin se redresse, mais dépendance extrême à un actif unique.
1. Ce que fait l'entreprise
Strategy Inc (anciennement MicroStrategy, Nasdaq : MSTR, siège à Tysons Corner, Virginie) est la première et la plus grande « Bitcoin Treasury Company » au monde. Son modèle repose sur deux piliers très inégaux :
Trésorerie bitcoin (cœur du modèle) : la société détient 847 363 BTC acquis pour environ 64,1 Md$ (coût moyen ~75 700 $/BTC), soit près de 4 % de tous les bitcoins qui existeront jamais. Elle finance ces achats par émissions d'actions, d'obligations convertibles et de cinq séries d'actions préférentielles cotées (STRF, STRC, STRK, STRD, STRE — le « Digital Credit »).
Logiciels d'analytique d'entreprise : l'activité historique de business intelligence dopée à l'IA (« Intelligence Everywhere »), qui a généré 124,3 M$ de revenus au T1 2026. Elle est marginale par rapport au bilan bitcoin mais fournit une base opérationnelle.
En pratique, l'action MSTR fonctionne comme un véhicule d'exposition au bitcoin avec levier, piloté par son fondateur et président exécutif Michael Saylor.
2. Avancées et événements des 12 derniers mois
Points positifs
Cadre « Digital Credit Capital Framework » (29 juin 2026) : tournant majeur. La société a créé une réserve USD de 2,55 Md$ dédiée exclusivement au paiement des dividendes préférentiels et des intérêts (~17,4 mois de couverture, minimum de 12 mois imposé par le conseil), autorisé un programme de monétisation de BTC jusqu'à 1,25 Md$ (première autorisation formelle de vendre du bitcoin), un rachat de préférentielles jusqu'à 1 Md$ et un rachat d'actions ordinaires jusqu'à 1 Md$. Le marché a salué l'annonce : +7,9 % le 2 juillet, retour au-dessus de 100 $ ; Citi a réitéré son achat avec un objectif de 260 $.
Réduction de la dette : en mai 2026, rachat de 1,5 Md$ de nominal des convertibles 0 % 2029 pour ~1,38 Md$ en cash (8 % de décote), ramenant les convertibles de 8,2 à ~6,7 Md$.
Levées de capitaux massives : 11,7 Md$ levés au T1 2026, bascule vers le « digital credit » (83 % des levées en avril vs 20 % en janvier), moins dilutif pour les actionnaires. L'encours STRC a atteint 8,5 Md$.
Croissance du logiciel : revenus T1 2026 de 124,3 M$, +11,9 % sur un an.
MSCI : la société a évité l'exclusion des indices MSCI (décision de janvier 2026) après avoir contesté la proposition visant les sociétés détenant plus de 50 % d'actifs numériques.
Points négatifs
Effondrement du bitcoin : le BTC est passé de plus de 93 000 $ début 2026 à ~58 000–63 000 $ début juillet (−20 % sur le seul mois de juin ; 4,06 Md$ de sorties des ETF bitcoin en juin, un record). Le portefeuille est désormais en moins-value latente par rapport au coût moyen de ~75 700 $.
Pertes comptables massives : perte nette de ~12,8 Md$ au T1 2026 (−38,25 $/action) due à la comptabilisation à la juste valeur du bitcoin.
mNAV sous 1,0 : fin juin, le marché valorisait MSTR en dessous de la valeur de ses bitcoins (mNAV ~0,80x selon certaines mesures), signe d'une défiance et frein au modèle d'émission d'actions relutives.
Contentieux : action collective en valeurs mobilières en cours (allégations de déclarations trompeuses) ; en juin 2026, le cabinet Rosen a élargi son enquête aux porteurs de préférentielles (STRF, STRC, STRK, STRD).
Exclusion persistante du S&P 500 : malgré des critères quantitatifs remplis, le comité de l'indice a de nouveau écarté MSTR ; les contraintes MSCI limitent aussi toute augmentation de pondération. JPMorgan avait averti du risque de retrait des grands indices.
Hausse du coût du capital : le dividende STRC a dû être relevé à 12 %/an au 1er juillet 2026 pour soutenir le cours de la préférentielle, alourdissant la charge annuelle (~1,76 Md$ de dividendes préférentiels et intérêts).
3. Plans à court et moyen terme
Gestion active du capital : passer d'une « émission à sens unique » à un pilotage bidirectionnel — émettre quand le capital est attractif, racheter (préférentielles décotées, actions sous la valeur intrinsèque) quand c'est relutif, selon le CEO Phong Le.
Défense du « Digital Credit » : objectif affiché que STRC se négocie entre ~99 et 100 $ ; ajustement mensuel du taux de dividende selon les conditions de marché.
Maintien de l'exposition bitcoin à long terme : le bitcoin reste l'actif de réserve principal ; les ventes de BTC sont plafonnées et encadrées (réserve USD, dividendes, rachats). La société continue d'acheter ponctuellement (520 BTC pour ~34,9 M$ début juillet).
Discipline d'émission d'actions : émissions ordinaires limitées tant que le titre traite autour de 1x mNAV.
Échéances de dette : gestion de la maturité des convertibles 0 % de février 2027 (~1 Md$) puis des souches 2028–2032, potentiellement via rachats à décote comme en mai 2026.
Logiciel : poursuite du développement de l'analytique dopée à l'IA, sans que cela change l'équation financière globale.
4. Analyse financière : valeur, dettes, trésorerie, risque de faillite
Indicateur
Valeur
Commentaire
Revenus T1 2026
124,3 M$ (+11,9 %)
Logiciel seulement, marginal vs bilan
Résultat net T1 2026
−12,8 Md$
Juste valeur BTC (perte non réalisée)
Bitcoin détenu
847 363 BTC (~53 Md$ à ~63 k$)
Coût : 64,1 Md$ — moins-value latente ~11 Md$
Dette convertible
~6,7 Md$ (après rachat de 1,5 Md$)
0 % ou coupons faibles ; 1ʳᵉ échéance fév. 2027
Préférentielles
15,5 Md$ notionnel
STRC 12 %, STRF 10 %, STRD 10 %, STRK 8 %
Charge annuelle dividendes + intérêts
~1,76 Md$
Non couverte par l'exploitation
Réserve USD
2,55 Md$ (28 juin 2026)
~17,4 mois de couverture ; ~25,9 mois avec la monétisation BTC autorisée
mNAV
~0,8–1,0x
Passé sous 1,0 fin juin, remonté vers ~1x début juillet
Trésorerie et évolution. La trésorerie disponible s'est nettement renforcée : la réserve USD est passée de 871 M$ (25 mai 2026) à 2,55 Md$ (28 juin 2026), alimentée par le programme d'émission d'actions et sanctuarisée par une politique du conseil (usage limité aux dividendes et intérêts, plancher de 12 mois de couverture). C'est le principal progrès de l'année sur le plan du risque de crédit.
Dettes. La structure est inhabituelle mais gérable : ~6,7 Md$ de convertibles à coupon nul ou quasi nul, échéances étalées de 2027 à 2032, non assorties de covenants forçant la vente de BTC. Le vrai fardeau est constitué par les 15,5 Md$ de préférentielles perpétuelles, dont le coût (8–12 %) crée une ponction annuelle de ~1,76 Md$ qui n'est pas couverte par les flux d'exploitation du logiciel. Ce financement repose donc structurellement sur de nouvelles émissions ou, désormais, sur des ventes encadrées de bitcoin.
Risque de faillite : faible à horizon 2–3 ans, mais pas nul. Les actifs bitcoin (~53 Md$) couvrent très largement dette et préférentielles (~22 Md$ combinées) même à 60 k$ le BTC ; la liquidité couvre ~17 à 26 mois d'obligations ; les dividendes préférentiels peuvent légalement être réduits ou suspendus (au prix de la crédibilité du « Digital Credit »). Un scénario de détresse exigerait une chute durable du bitcoin bien en dessous de 30 k$ combinée à une fermeture des marchés de capitaux. En revanche, le risque pour l'actionnaire ordinaire est plus élevé que le risque de faillite : les préférentielles et la dette sont prioritaires, et toute nouvelle baisse du BTC frappe l'action avec levier.
Progression en valeur. Sur 12 mois, la valeur par action a fortement reculé avec le bitcoin et la compression du mNAV (de fortes primes en 2025 à ~0,8–1x). Le nouveau cadre de capital, les rachats et la décote sur NAV créent un potentiel de rattrapage si le bitcoin se stabilise ou remonte — c'est le pari de Citi (objectif 260 $). Mais la thèse reste entièrement conditionnée au bitcoin.
Avertissement : ce rapport est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement. Les données proviennent de sources publiques citées ci-dessous et peuvent comporter des délais ou imprécisions.
5. Note finale : 5,5 / 10
Justification. La note baisse de 6,0 à 5,5. D'un côté, le risque de faillite à 2–3 ans est faible (couverture d'actifs massive, réserve USD sanctuarisée, dette sans covenants, échéances étalées) et le titre traite près ou en dessous de sa valeur d'actif net, avec des programmes de rachat crédibles — un vrai potentiel de hausse si le bitcoin rebondit. De l'autre, l'année écoulée a dégradé les fondamentaux : bitcoin −35 % depuis janvier et sous le coût moyen d'acquisition, mNAV passé sous 1,0, coût du capital en hausse (STRC à 12 %), 1,76 Md$/an de charges financières non couvertes par l'exploitation, contentieux en cours et portes des grands indices toujours fermées. MSTR reste un instrument à haut bêta sur le bitcoin : le potentiel de prospérité de la société sur 2–3 ans dépend presque entièrement d'une variable qu'elle ne contrôle pas.