Applied Digital Corporation (Nasdaq : APLD) est une société américaine qui conçoit, construit et exploite des centres de données de nouvelle génération en Amérique du Nord, dédiés au calcul haute performance (HPC) et à l'intelligence artificielle. Son exercice fiscal se clôture le 31 mai. Initialement positionnée sur l'hébergement de minage crypto puis sur la fourniture de GPU dans le cloud, la société a opéré un pivot stratégique majeur pour devenir un « bailleur » d'infrastructures IA : elle bâtit des campus « build-to-suit » qu'elle loue à des hyperscalers sous des baux de très longue durée.
L'activité s'organise autour de trois segments :
Le client de référence est CoreWeave, fournisseur de cloud IA, locataire principal du campus Polaris Forge 1 (Ellendale, Dakota du Nord). La société se positionne pour évoluer vers un REIT (foncière cotée) spécialisé dans les data centers IA à mesure que ses campus entrent en exploitation.
Source primaire : Form 10-Q et communiqué de résultats déposés auprès de la SEC pour le trimestre clos le 28 février 2026 (T3 de l'exercice fiscal 2026), publiés le 8 avril 2026. Montants en USD.
| Élément | T3 FY2026 (3 mois, 28/02/2026) | T3 FY2025 (3 mois, 28/02/2025) | 9M FY2026 (28/02/2026) |
|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires total | 126,6 | 52,9 | 352,6 |
| Résultat d'exploitation | −85,7 | −18,9 | −111,6 |
| Résultat net | −70,6 | −35,6 | −101,9 |
| Résultat net part des actionnaires ordinaires | −100,9 | −36,1 | −138,5 |
| BPA (de base / dilué) | −0,36 $ | −0,16 $ | −0,51 $ |
Le chiffre d'affaires du T3 progresse de +139 % sur un an (126,6 M$ vs 52,9 M$), porté par le démarrage des loyers HPC (71,0 M$ : 44,1 M$ de loyer de base, 18,9 M$ de « fit-out », 8,1 M$ de pass-through électrique) et l'hébergement (37,5 M$, +7 %). La perte nette du T3 inclut une charge non récurrente de 59,7 M$ (classement du Cloud Services en « held for sale ») et 79,7 M$ de SG&A. Hors Cloud Services, la société affiche un résultat net ajusté positif de +33,2 M$ (BPA ajusté +0,09 $) et un EBITDA ajusté de 44,1 M$ (vs 6,3 M$ un an plus tôt) — preuve que le modèle de bailleur commence à générer de la marge.
| Élément | 28/02/2026 | 31/05/2025 |
|---|---|---|
| Trésorerie & équivalents | 1 730 | 44 |
| Trésorerie soumise à restriction | 198 | 72 |
| Immobilisations corporelles, nettes | 3 012 | 1 252 |
| Total actif | 6 247 | 1 870 |
| Dette (court + long terme) | ~2 693 | ~688 |
| Total passif | 3 679 | 1 236 |
| Intérêts minoritaires rachetables (quasi-capital) | 923 | — |
| Capitaux propres (part APLD) | 1 581 | 498 |
Dette détaillée au 28/02 : part courante 98,2 M$ + part long terme 2 594,5 M$ ≈ 2 693 M$ (hors locations-financement de ~72 M$). À noter : l'émission de 2,15 Md$ de notes 6,75 % (Polaris Forge 2) intervenant autour de mars 2026 porte la dette pro forma à ~4,8 Md$.
Le profil financier d'APLD est celui d'une foncière en hyper-croissance, très capitalistique. Côté liquidité, la position est confortable : 1,73 Md$ de trésorerie (+198 M$ de restreinte), multipliée par ≈ 39 en 9 mois grâce aux émissions de dette et de capital. Les capitaux propres ont triplé, à 1,58 Md$, et le total de bilan a presque quadruplé (6,25 Md$), reflétant l'explosion des immobilisations (data centers en construction : 1,25 → 3,01 Md$).
Côté solvabilité, le tableau est plus tendu : la dette atteint ~2,7 Md$ au 28/02 (et ~4,8 Md$ pro forma après les notes de Polaris Forge 2), à des taux élevés (9,25 % et 6,75 %). La société consomme massivement du cash (capex de gigawatts d'infrastructure) et reste déficitaire en GAAP (−138,5 M$ sur 9 mois), si bien que le déploiement dépend du maintien de l'accès aux marchés de capitaux. Le principal facteur d'atténuation est la qualité du carnet de commandes : des baux « take-or-pay » de 15 ans, avec des locataires « investment grade » et des rehaussements de crédit (CoreWeave noté A3), qui sécurisent ~31 Md$ de loyers futurs et adossent la dette de projet.
Au global : liquidité abondante à court terme, mais structure financière agressive. Le risque de faillite est modéré — non négligeable compte tenu du levier et de la dépendance au financement, mais fortement réduit par un carnet contractualisé de premier ordre et une trésorerie élevée. L'enjeu central n'est pas la survie immédiate mais la conversion du carnet en cash-flows positifs, sans dérapage des coûts de construction ni du coût du capital, et sans défaillance d'un locataire clé.
> 1,2 GW sous contrat, ~31 Md$ de loyers de base (jusqu'à ~73 Md$), baux « take-or-pay » de 15 ans avec locataires « investment grade ». Visibilité de revenus rare.
1,73 Md$ de cash, EBITDA ajusté positif (44 M$ au T3) et en forte hausse, dans un marché du data center IA structurellement porteur.
Modèle REIT-like d'annuités longues (15–30 ans), objectif > 1 Md$ de NOI sous 5 ans, re-rating possible via conversion en REIT.
~2,7 Md$ de dette (≈ 4,8 Md$ pro forma) à 9,25 %/6,75 %, perte nette de −138,5 M$ sur 9 mois, capex massif, cash-flow négatif.
Besoin de financements répétés (dette + dilution), forte exposition à CoreWeave comme locataire majeur, risque de contrepartie et de marché des capitaux.
~13 Md$ de capitalisation, +74 % YTD, proche du plus-haut 52 sem. (50,7 $). Beaucoup de bonnes nouvelles déjà intégrées ; risque d'exécution sur des Go de construction.
Note : 6,5 / 10
Applied Digital est un dossier de croissance forte au profil risque/rendement élevé, parmi les mieux positionnés sur le thème des infrastructures de calcul IA. Sur le critère du potentiel haussier à 2–3 ans, les atouts sont puissants : un carnet de commandes contractualisé exceptionnel (> 1,2 GW, ~31 Md$ de loyers de base, jusqu'à ~73 Md$ avec options) sous baux « take-or-pay » de 15 ans avec des locataires « investment grade », un EBITDA ajusté déjà positif et en forte accélération, une demande IA structurellement porteuse, et une option de re-rating via la conversion en REIT.
Sur le critère du risque de faillite, le tableau est plus nuancé. La liquidité est solide (1,73 Md$ de trésorerie) et les capitaux propres se sont renforcés (1,58 Md$), mais la société finance des gigawatts d'infrastructure par un endettement lourd (~2,7 Md$ au 28/02, ~4,8 Md$ pro forma) à des taux élevés, tout en restant déficitaire en GAAP et consommatrice de cash. Le modèle dépend de la poursuite de l'accès aux marchés de capitaux et de l'exécution sans faille d'un programme de construction colossal.
Ce qui empêche une note plus haute : un levier financier agressif, une concentration sur CoreWeave, une dilution récurrente, et une valorisation déjà généreuse (~13 Md$, +74 % YTD, proche des plus-hauts) qui intègre une bonne part du scénario favorable. À l'inverse, la qualité « investment grade » des locataires et l'ampleur du carnet « take-or-pay » réduisent nettement le risque de défaut par rapport à un simple développeur spéculatif.
En net : un carnet de commandes de premier ordre et un pivot crédible vers un modèle de foncière IA offrent un levier haussier réel, mais tempérés par un bilan très endetté, des pertes GAAP, une dépendance au capital et une valorisation tendue. D'où une note solide mais prudente de 6,5/10 : un dossier attractif pour une exposition au thème des data centers IA, à condition d'accepter une forte volatilité et un risque d'exécution/financement sur un horizon de 2 à 3 ans.