Archer Aviation (San José, Californie) conçoit, certifie et fabrique des aéronefs à décollage et atterrissage verticaux. Son produit historique, « Midnight », est un eVTOL 100 % électrique destiné au transport urbain de passagers (1 pilote + 4 passagers) sur des trajets courts d'environ 30 à 80 km, avec recharge rapide entre les rotations et un profil sonore faible. Les appareils sont assemblés à l'usine ARC de Covington (Géorgie), développée avec le partenaire industriel Stellantis.
Le modèle économique repose désormais sur quatre piliers :
La variante commerciale de la plateforme hybride, « Halo », a été présentée le 22 juillet 2026 au salon de Farnborough : même cellule, même chaîne propulsive hybride série et technologie de rotor basculant à vitesse optimale (OSTR), avec charge utile configurable (fret, énergie offshore, logistique). Marubeni Aerospace (Japon) en est le client de lancement.
À ce jour, Archer reste une société pré-commerciale : le chiffre d'affaires du T1 2026 s'établit à 1,6 M$ seulement.
| Indicateur (USD) | FY 2025 | T1 2026 (31/03/26) | T2 2026 (guidance) |
|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | ≈ 0 (pré-commercial) | 1,6 M$ | n.c. |
| Dépenses d'exploitation | 729,6 M$ (+219,9 M$ vs 2024) | 256,2 M$ | n.c. |
| Perte nette | ≈ 700 M$ (dont 188,9 M$ au T4) | 217,7 M$ | n.c. |
| EBITDA ajusté | — | -172,5 M$ | -170 à -200 M$ |
| Trésorerie + placements court terme | ≈ 2 000 M$ (31/12/25) | 1 775,9 M$ | — |
| dont trésorerie et équivalents | — | ≈ 951,1 M$ | — |
| Dette totale | faible | ≈ 80,2 M$ (1,4 M$ courant + 78,8 M$ non courant) | — |
| Passif total | — | 243,4 M$ | — |
| Flux de trésorerie d'exploitation | -432,9 M$ | -149,1 M$ | — |
| Financement (levées de capitaux) | +1 796,4 M$ | — | — |
| Nombre moyen d'actions | 624,3 M | 766,9 M | — |
Le bilan reste le principal atout d'Archer. Avec environ 1,78 Md$ de liquidités contre 80 M$ de dette et 243 M$ de passif total, la structure financière est exceptionnellement saine pour une société pré-commerciale : la trésorerie couvre le passif total plus de sept fois. Il n'existe pas de mur de dette ni de covenants contraignants à court terme.
L'évolution de la trésorerie est en revanche préoccupante dans sa trajectoire : la consommation s'accélère trimestre après trimestre. Le flux opérationnel est passé de -432,9 M$ sur l'ensemble de 2025 à -149,1 M$ sur le seul T1 2026, et la guidance T2 (-170 à -200 M$ d'EBITDA ajusté) signale une nouvelle aggravation. En y ajoutant le capex d'industrialisation, un burn total de l'ordre de 600 M$ en 2026 puis 700-750 M$ en 2027 est un scénario central raisonnable.
Faible à horizon 2-3 ans. Au rythme de consommation anticipé, la liquidité actuelle offre environ 2,5 à 3 ans d'autonomie sans nouvelle levée. Le risque réel n'est donc pas l'insolvabilité mais la dilution : l'historique récent (850 M$ en juin 2025, ~650 M$ fin 2025, nombre d'actions passé de 377 M à 767 M en deux ans) rend de nouvelles émissions quasi certaines avant l'atteinte d'un flux de trésorerie positif, qui n'est pas envisageable avant la fin de la décennie. Le facteur aggravant serait un cours durablement bas, qui renchérirait le coût de toute levée future.
La valeur intrinsèque progresse sur le plan opérationnel : clôture de la Phase 3 FAA (première du secteur), acquisition de Hawthorne, statut LA28, et surtout ouverture d'un second marché adressable avec Thunder/Halo. Le pivot dual-use est significatif : il fait passer Archer d'un pari mono-produit sur le taxi aérien à un acteur pouvant capter des programmes de défense — un marché où les revenus arrivent plus tôt (contrats de développement) que dans l'aviation civile certifiée.
La valeur par action, elle, reste érodée par la dilution et l'absence de chiffre d'affaires. Le marché n'accorde plus de prime au récit : à ~4,7 $, la capitalisation d'environ 3,6 Md$ pour 1,78 Md$ de cash net signifie que l'ensemble de la technologie, des actifs industriels et du carnet d'intentions de commandes est valorisé moins de 2 Md$. C'est un niveau qui intègre déjà une forte probabilité de retard. La création de valeur boursière sur 2-3 ans dépendra de trois déclencheurs vérifiables : (1) un premier contrat gouvernemental chiffré sur le programme hybride, (2) le premier vol commercial payant (Abu Dhabi ou eIPP), (3) une visibilité crédible sur la date de certification de type FAA. À l'inverse, un nouveau glissement de calendrier annoncé le 10 août serait sévèrement sanctionné.
Justification. Archer conserve le meilleur bilan du secteur eVTOL (1,78 Md$ de liquidités, 80 M$ de dette), ce qui rend le risque de faillite très faible à horizon 2-3 ans. Le trimestre écoulé a apporté un ajout de valeur réel : le dévoilement de Thunder avec Anduril et de sa variante commerciale Halo, avec Marubeni comme client de lancement, ouvre un second débouché où les revenus peuvent arriver avant la certification civile. Le titre, à ~4,7 $ contre un objectif moyen d'analystes de 10,5-13 $, intègre déjà un pessimisme considérable.
Ce qui plafonne la note à 6,0. Le chiffre d'affaires reste anecdotique (1,6 M$ au T1) ; le burn s'aggrave séquentiellement et garantit de nouvelles dilutions sur un cours déprimé ; le calendrier d'Abu Dhabi glisse ; la certification FAA est désormais évoquée « d'ici 2028 » ; et le dossier judiciaire s'est détérioré depuis le rapport précédent, avec le rejet intégral des contre-demandes d'Archer face à Joby le 5 juin 2026 tandis que la plainte de Joby pour vol de secrets commerciaux progresse.
Conclusion. La note est maintenue à 6,0 / 10 : le renforcement stratégique (défense/dual-use) compense, mais ne dépasse pas, la dégradation du dossier juridique et le glissement des jalons commerciaux. Le profil reste celui d'un pari asymétrique et volatil — survie très probable, appréciation du cours entièrement conditionnée à une exécution sans faute sur les 12 prochains mois. La publication du 10 août 2026 constitue le prochain point de contrôle décisif.